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Carnet du grand écrivain – 43

Publié 3 juillet 2020 par Sharon et Nunzi

Il est temps de reprendre les carnets du grand écrivain, et d’essayer de mettre un point final à cette histoire. Hippolyte de Carduel (ou plutôt son fantôme) aide Emma, décédée en 1940, à retrouver comment et pourquoi elle est morte. Ils ont aussi l’aide de Charles-Marie Liénart, fantôme qui connaît bien la ville. Percy et le grand écrivain (normal, c’est lui qui écrit cette histoire !) interviennent de temps en temps. 

– Hippolyte, que faites-vous ?
Un fantôme est logiquement discret, invisible, et c’est vrai que Percy se sentait bien ennuyé de le voir ainsi planté dans la cour de la ferme chambre d’hôtes.
– Ce que nous aurions dû faire depuis longtemps : je me mets dans la peau des meurtriers. J’en suis un, après tout, nous pouvons nous comprendre. Ou pas, ajouta Hippolyte en voyant Percy se figer.
– Nous n’avons pas trouvé l’acte de décès de Jeannette Flandrin, murmura ce dernier.
Hippolyte haussa les épaules.
– Cela ne m’étonne pas. Non que je crois qu’une congrégation religieuse ne soit pas pointilleuse sur la tenue de leurs registres, simplement, Jeannette n’a pas dû mourir dans ce couvent.
– Il était situé à vingt et un kilomètres des Andelys. Elle n’y serait restée que deux ans.
– Et, nous sommes bien d’accord, des religieuses n’auraient pas menti en la disant morte ?
– Non, mais l’on peut considérer que, pour Jules Flandrin, cela la foutait mal de dire qu’il ne savait pas ce qu’était devenue sa seule et unique soeur. La faire croire morte était plus simple, personne ne chercherait à savoir comment.
– Je ne puis que confirmer, dit Charles-Marie, qui s’en voulait de ne s’être douté de rien. Parce que cette mort lui semblait si peu étonnante, parce que les morts étaient si fréquentes qu’il n’avait pas jugé utile de s’en enquérir davantage – surtout pas venant de la famille Flandrin.
– Je persiste cependant à dire que si je l’avais revu, je l’aurai reconnue. Je radote tel le vieillard que je suis en disant cela, et pourtant, je reste formelle : même en la croyant morte, même en ne nous attendant pas à la voir, nous aurions forcément reconnu Jeannette.
– Ce qui m’étonne, c’est que personne n’évoque des amies proches de Jeannette. Vos filles avaient des amies, votre femme avait des amies.
– Oui. Pour ma femme et sa passion de la broderie, je peux aisément en témoigner. Je crois cependant que Jeannette Flandrin a grandi dans un immense isolement. Contrairement à mes filles, contrairement à vos nièces si je ne me trompe (Hippolyte confirma), elle n’a pas été envoyée dans un couvent, elle a été élevée par une gouvernante. Jules Flandrin ne tenait pas à ce que sa fille se mélange à la population locale, même s’il s’agissait de filles de bonne famille. Même son fils, contrairement à moi, n’a pas fréquenté l’école catholique pour garçon de notre ville, mais fut envoyé comme pensionnaire à Rouen. Il n’était présent qu’aux grandes vacances, je rentrai chez moi tous les soirs – j’étais de santé fragile, rappela Charles-Marie. C’est peut-être aussi pour cette raison que je ne me suis jamais lié aux Flandrin, contrairement aux autres fils de notables de la ville.
Hippolyte tardait à s’engager dans la conversation – et Charles-Marie savait attendre. Percy, moins, surtout que la journée, puis la nuit s’écoulèrent, et Percy avait désormais quitté la chambre d’hôte, laissant l’enquête aux mains des fantômes.
– Je reste persuadé qu’Emma a vu quelqu’un qui n’aurait pas dû être là, parce que cette personne aurait dû être morte.

Un peu d’écriture – 1er juillet

Publié 1 juillet 2020 par Sharon et Nunzi

Madame,

je vous informe que ma fille Sharon ne pourra pas participer au concert de fin d’année. Elle est beaucoup trop jeune pour se coucher si tard !

Cordialement

monsieur Yaneck Cobert et madame Francine Cobert.

Un peu court ? Et bien… oui.

Mais Sharon Cobert savait que ses parents seraient partant pour lui écrire ce mot d’excuses.

Même si Sharon a 42 ans….

Bonne soirée à tous.

Les plumes d’Emilie – boite

Publié 20 juin 2020 par Sharon et Nunzi

Les mots à placer sont : Pandore, béquille, nuit, cadeau, secret, sucre, carton, ouvrir, oppresser, outil.

Après le week-end sur la péniche, Perceval obtint de Joseph qu’il réservât un week-end dans un château hanté.
– Mais euh…
Perceval balaya l’objection d’une main :
– Ne t’en fais pas, c’est cadeau.
– Percy, nous sommes des chasseurs de fantômes, nous avons l’habitude des fantômes, nous avons tous (lui et tous les membres du club) grandi dans un château ou une maison hantés. Je ne vois pas ce qu’un château hanté français peut avoir de si original. Si tant est qu’il contienne vraiment des fantômes !

Ils furent accueillis par le propriétaire des lieux, Adelbert de Fournier – en béquille. Une mauvaise chute en tentant de déboucher les gouttières.
– Qui est votre fantôme ?
Paul. Il avait voulu se joindre à eux et partagerait la chambre de Percy – Joseph tenait à sa tranquillité. Son carton à dessin sous le bras, il avait posé la question innocemment.

– Oh, ce n’est pas un secret : notre ancêtre a été massacré lors de la révolution française à coup d’outils de jardin. Sa femme avait eu la bonne idée de s’enfuir avec son amant peu de temps auparavant – cela lui a sauvé la vie.

Percy et Paul d’un côté, Joseph de l’autre gagnèrent leur chambre respective. Percy la trouva simple, mais confortable et chaleureuse.

– Je suis bien d’accord avec toi ! s’exclama Paul, tout sourire. Il s’installa devant la fenêtre, et il fit quelques croquis avant d’aller dormir.

La nuit fut presque paisible pour eux – en fait, elle l’aurait été totalement s’ils n’avaient entendu un grand ramdam dans la chambre d’à côté – celle de Joseph.

– C’est comme si nous avions ouvert la boite de Pandore, dit-il en buvant un chocolat bourré de sucres. Je me suis réveillé parce que je me sentais oppressé. Et là, boum ! une dizaine de fantômes autour de moi, les fantômes des serviteurs de leur ancêtre. Eux aussi se sont fait tuer à la Révolution, mais personne n’en parle. Ils ont tenu à me réveiller pour m’en faire part. Et le premier qui me dit « chic ! on pourra mettre quatre étoiles à ce lieu dans le guide des plus belles demeures hantées de France », je ne sais pas ce que je lui fais !

Un peu d’écriture – Jean-Aymard de Fournier II

Publié 15 juin 2020 par Sharon et Nunzi

J’ai réouvert ma librairie – bien sûr. Et j’applique des règles très strictes : je porte une visière, et tous les visiteurs sont priés d’avancer masqués. Les livraisons tardent, les clients se plaignent gentiment, ils se doutent bien que je ne fabrique pas les livres moi-même.

Depuis le déconfinement, je peux enfin revoir mes deux fils sans problèmes, si ce n’est qu’eux n’ont pas très envie de me voir. Non, je ne suis pas pessimiste, je suis réaliste, je leur aurai « trop » mis la « pression ». Je n’allais pas me refaire, je suis catholique et royaliste – même si je trouve les prétendants au trône de France… Non, là, je garde mon opinion pour moi, je serai indécent. Je la résumerai simplement en disant qu’ils ne sont bons qu’à remplir les pages des magazines people que je lis quand je suis chez le coiffeur.

Bref, mon fils aîné, Audric je-déteste-mon-prénom vit à Paris avec femme et enfants, et me fait la grâce d’une visio de temps en temps. Il est graphiste, et je ne comprends rien à sa « vocation », si ce n’est qu’il met un point d’honneur à ne jamais lire autre chose que l’écran de son téléphone. Je lui ai suggéré de télécharger légalement des livres sur son appareil, il m’a regardé comme si j’avais insulté son téléphone et sa foi en la modernité.

Mon fils cadet vivait non loin de chez moi. « Vivait », parce qu’il en a profité pour me rendre le logement que je lui prêtais et pour aller emménager chez son …. son… enfin bref, son ami de cœur (non, parce que « son compagnon », c’est trop tôt, et « son amoureux », pour moi, c’est gnan-gnan). J’ai donc dû apprendre à connaître ce « Loïc », plus âgé de dix ans que mon fils, et professeur d’économie dans le lycée de la ville où se tient ma librairie. Dire que j’ai peut-être croisé ce malotru. Oui, malotru, parce que, pour moi, il eut fallu que je fusse officiellement présenté à lui avant qu’il envisageât la vie commune avec mon fils. Ma largeur d’esprit a des limites, j’ai été mis devant le fait accompli.

Certes, il lit. Certes, il fait de la politique, puisqu’il est maire de la commune où il vit – Sacaille, tout un programme, un village d’un millier d’habitants. Certes, il est végétarien. Mais, et mon mais est énorme, il a intérêt à légaliser sa situation avec mon fils – être maire n’empêche pas de se marier.

Un peu d’écriture – juin 2020

Publié 13 juin 2020 par Sharon et Nunzi

Bonjour à tous. Il faudra bien reprendre un jour sérieusement l’écriture et terminer les carnets. Pour l’instant, une nouvelle variation d’écriture.

Bonjour, je m’appelle Jean Aymar de Fournier, et je suis libraire indépendant.
Cela fait déjà un mois que nous sommes déconfinés, et la vie ne reprend pas vraiment son cours. Les éditeurs sont débordés, les livreurs sont débordés, et les rares lecteurs qui sont revenus ne me demandent les dernières nouveautés dont je tairai le nom des auteurs, parce que tout le monde les connait. Non, je ne les ai pas lus, je ne veux pas m’infliger de souffrances supplémentaires. Je pense déjà à la rentrée littéraire 2020, à la rentrée d’hiver 2021 – les éditeurs manquent parfois cruellement d’égards pour les livres parus en mars 2020 – et j’attends avec appréhension la parution de livres dont le sujet sera le confinement. Je suis sûr et certain que des manuscrits sont en train d’arriver en pagaille chez les éditeurs.
Les lire, les conseiller ? Plutôt me confiner à nouveau !
Même si cela fait un mois que nous ne sommes plus confinés, il faut tout de même se rappeler ce qu’était notre vie au tant du confinement : il est des jours où j’avais la flemme de me faire une autorisation de sortie, et où je tournais en rond dans mon propre jardin. Mon chien ? D’abord, c’est une chienne. Puis, aller de son panier au jardin présente pour elle, certains jours, un effort surcanin. Donc, les rares fois où je l’ai promené dans la rue, j’ai dû la porter pendant presque toute la promenade. Et là, si j’avais été contrôlé, même avec des papiers en règle et le carnet de santé de Poupoupidou, je doute que j’aurai été crédible.
Oui, j’ai lu pendant le confinement. Je me suis surtout beaucoup promené dans mon vaste jardin. Je n’ai jamais autant fait le ménage de toute ma vie; et après avoir fait les vitres trois fois en une semaine, je me suis dit qu’il allait falloir que je me calme.
Je poursuis toujours les promenades dans mon jardin – et j’apprécie tout particulièrement de ne plus avoir besoin de me limiter à mon jardin. Cerisier, prunier, noyer. Cerisier, prunier, noyer. Et je me demandais comment ses trois arbres avaient poussé. Le prunier, oui, je le savais, puisque je l’avais planté moi-même. Mais les deux autres ? Je ne m’étais pas amusé à enfouir des noyaux de cerise ou des noix en espérant que cela ferait quelque chose !
Variation dans mon trajet : les plants de tomate, les plants de courge, les framboisiers. Tomates, courges, framboisiers. Rosiers. Boite aux lettres, trois fois par jour. Non, le facteur ne passait pas trois fois par jour, mais je n’avais pas besoin d’autorisation de sortie pour remonter mon allée, ouvrir ma barrière, puis ma boite aux lettres.
Il a fallu aussi que je gère l’annulation du salon du livre local, salon qui m’était totalement sorti de la tête. J’ai dû remonter le moral de presque tous les auteurs. Point commun : aucun d’entre eux n’a l’intention d’écrire sur le confinement, parce qu’ils ont surtout envie de tout autre chose.
Bien sûr, j’ai aussi vu, pendant le confinement, passer une pétition pour que les librairies rouvrent, parce que les livres sont des produits de première nécessité. Mouais. Pour moi, un vrai fan de lecture a toujours plusieurs livres, pour ne pas dire plusieurs pavés d’avance.

Je vous laisse : je vais admirer mes fleurs.

Les plumes chez Emilie – voile

Publié 6 juin 2020 par Sharon et Nunzi


Les mots à utiliser étaient anniversaire, mer, secret, marine, pudeur, cacher, bosco, perroquet, mystère, vapeur, marié(e), brouillard, bleu, bâcher.

– Qui a eu une idée pareille ? QUI ?
Personne ne répondit, puisque la question n’attendait pas réellement de réponse. Pourtant, Paul s’y risqua.
– Joseph avait besoin de se mettre au vert.
Percy grogna.
– Que Joseph ait besoin de se mettre au vert, soit. Fallait-il pour autant qu’il loue une péniche, et qu’on l’accompagne ?
Percy, Paul, Arthur et Joseph – quatre éminents membres du club des chasseurs de fantômes, 250 ans à eux quatre. Non, ils ne chassaient pas le fantôme, là, ils accompagnaient plutôt leur ami Joseph, en convalescence après de gros soucis personnels. Jeune marié (enfin… depuis cinq ans déjà), son union battait de l’aile et il avait eu besoin de faire le point sur sa vie personnelle. Au départ, il avait pensé loué un bateau et partir en mer – cadeau d’anniversaire fait à lui-même avant l’heure. Puis, il avait renoncé – ce n’était pas un secret, cela ne servait à rien de le cacher, il n’avait pas vraiment le pied marin, puis, le seul qui avait été dans la marine, c’était Arthur,beau-frère de Percy. Pour les autres, un bosco, un quartier-maître, c’était la même chose. Alors distinguer un capitaine de frégate d’un capitaine de vaisseau, ou  un instrument de navigation d’un autre, on oublie !

– Une péniche, c’est sympa, reprit Paul, éternel optimiste depuis 1968.

– Ouais, c’est sympa, grommela Percy. Ce serait encore plus sympa si elle naviguait au lieu de rester à quai.

Joseph était un bleu en matière de navigation. Aussi, il avait bien loué une péniche, mais… à quai. Comme un vaste logement avec vue sur le fleuve. Le premier soir, répugnant à user du confort moderne, Joseph avait tenu à bâcher la chaloupe et à dormir dedans. Ne recouvrons pas d’un voile de pudeur ce qui s’était passé : Joseph était rentré dans sa chambre à trois heures du matin, en éternuant abominablement. Non, il n’avait pas réveillé tout le monde, inutile de le cacher : Percy et Arthur ne dormaient ni l’un ni l’autre, s’attendant à plus ou moins brève échéance à entendre Joseph rentrer. Arthur était cependant le plus chanceux, aux yeux de Percy : il ne s’était engagé que pour deux jours.

– J’en viens à souhaiter être appelé pour une affaire urgente. Oui, je sais, cela fait quatre fois que je le dis, je commence à ressembler à un perroquet.

Le soleil s’était enfin levé – ou plutôt non : le brouillard enveloppait la péniche.

– Pas très grave, avait dit Arthur, nous n’avons pas l’intention de bouger.

– Moi si !! répondit Percy, j’ai bien l’intention d’aller me promener. Si je reste une journée de plus à tourner en rond dans cette péniche, au mieux de la vapeur va me sortir des oreilles, au pire, je vais cracher du feu, et cela fera désordre. Le brouillard va bien finir par se lever,  non ?

Ce qui devait arriver arriva. Non, Percy ne se transforma pas en dragon écossais. S’étant fourvoyé sur une belle route de Normandie, un cycliste pédalant un peu trop vite dérapa majestueusement et atterrit sur le pont. Personne ne comprit, lui encore moins, comment cela avait été possible : le mystère était entier.

Vous reprendrez bien un peu de nouveauté ?

Publié 1 juin 2020 par Sharon et Nunzi

Allez, pendant que Pétunia ou Lavande ou les deux à la fois dorment auprès de Lisette, pendant qu’Hastings mange ses sachets au thon, ou au saumon, vous reprendrez bien un peu des aventures du maire de Sacaille ?

Loïc avait l’impression que Jean-Robert, son adjoint, passait son temps dans son jardin. Ou plutôt, il passait son temps sur un escabeau à regarder sa haie pousser et à discuter avec le maire, c’est à dire Loïc.
– J’ai fait un cauchemar la nuit dernière : j’ai rêvé que Chris et vous, vous vous mariiez.
– C’est sympa, répondirent-ils en chœur.
– Ah, non, là, ce n’était pas la partie cauchemar, vous savez que je souhaite de tout mon cœur vous unir (et Jean-Robert, ayant lâché l’escabeau pour mettre les deux mains sur son cœur, faillit dégringoler). Non, je rêvais que j’arrivais à la mairie et que je présidais la cérémonie en caleçon. Puis, au cours du repas de mariage, nous dégustions en dessert une pièce montée garantie sans gluten. C’était immonde !
– Ah, je ne sais pas, commenta Loïc, je n’ai jamais goûté. Puis, comme je ne suis pas intolérant au gluten, et Chris non plus, je ne vois pas pourquoi je compliquerai l’existence de nos sœurs. Oui, précisa-t-il à Jean-Robert, étonné, ma sœur, Lisurielle, et la sœur de Chris, Clémentine, ont l’intention de s’investir énormément dans ce mariage, s’il a lieu. Je vous rappelle que je n’ai pas encore fait ma demande.
– Et je te rappelle, dit Chris, que ce n’est pas parce que j’ai dix ans de moins que toi que je ne peux pas la faire, la demande.

Jean-Robert resta un moment sans voix. Puis faillit poser une question. Se retint. Faillit à nouveau. Puis, vu le regard noir que lui avait lancé monsieur le maire de Sacaille, un exploit quand on a les yeux bleus, il se rendit compte subitement qu’il avait quelque chose d’impérieux à faire à l’intérieur de sa demeure. Il ne savait pas exactement quoi, mais il trouverait, il en était certain. Oui, le mariage était un sujet sensible, qui avait été lancé il ne savait plus trop comment. Jean-Robert rêvait de marier un maire dans sa carrière. Problème : le maire n’envisageait pas vraiment le mariage, cela ne faisait pas partie de, je le cite, ce qu’il avait envisagé dans la vie. s’en étaient suivis des échanges assez virulents avec Chris, qui envisageait très bien le mariage de son côté, question de génération.

Ecriture – un peu de nouveauté

Publié 1 juin 2020 par Sharon et Nunzi

Les carnets du grand écrivain sont en pause, mais nous ne désespérons pas d’écrire le mot « fin » un jour. En attendant, pendant le confinement, Sharon a écrit d’autres textes. Ce n’est pas tant un extrait que nous vous proposons aujourd’hui, plutôt une variation sur le thème confinement/déconfinement. Nous restons persuadés que certains sont déjà en train d’écrire le roman ou le film du confinement ! En attendant, venez découvrir Loïc et Jean-Robert, respectivement maire et adjoint au maire de Sacaille, charmante bourgade de cinq cents habitants.

Loïc était en train de dresser la liste de tout ce qu’il faudrait prévoir en cas de nouveau confinement. Pas en tant que maire, non, là, il n’avait pas eu de gros soucis, les sacaillais avaient scrupuleusement respectés le confinement. Même en respectant le confinement, certaines situations personnelles pouvaient devenir compliquées. La preuve avec la liste suivante :
– déménager à plus d’un kilomètre de chez sa soeur. Rien, en effet, ne lui avait interdit, pendant le confinement, de venir prendre de vos nouvelles, en restant au beau milieu de la chaussée, pendant que vous tentiez tranquillement de boire votre café, fenêtre ouverte de la cuisine ;
– convaincre votre voisin et adjoint au maire de ne pas entreprendre de travaux divers et variés pendant le confinement. Geste barrière, oui, laisser son adjoint sur le toit de sa maison parce que son échelle avait glissé, non. C’est vrai que pendant le confinement, on s’ennuie. La preuve : il était au point qu’il regardait ses grains de courge germer ;
– ne pas manquer de graines de courge ;
– être toujours en ménage avec Chris pour le prochain confinement. Même si c’est dans cinquante ans.

Quand le confinement avait été annoncé, ils avaient eu le choix ; après tout, ils ne vivaient pas (encore) ensemble, ils auraient pu se confiner chacun de leur côté. Cela aurait été trop dur. Alors oui, ils avaient eu de légères frictions. Loïc n’aurait jamais cru que Chris mangeait de manière si différente de lui. Certes, ils avaient déjà passé des week-end ensemble, c’est d’ailleurs à cette unique occasion que Loïc avait trouvé le chemin de la boulangerie, il n’aurait cependant pas cru qu’une dispute éclaterait un beau matin, après trois semaines de confinement.

– Loïc, je t’aime, mais manger des grains de je ne sais trop quoi germées au petit dej’, je ne peux pas. Je vais me faire une attestation pour faire les courses, et je vais me chercher de la nourriture mangeable.
– Mais tu peux tenir une journée sans pain au chocolat !
– J’ai mangé hier soir une salade de blé et de tomate, hier midi, c’était pois chiche et épeautre – je ne savais même pas ce que c’était. Avant-hier, carottes, petits pois et riz, et le jour d’avant, quinoa, et encore avant lentilles corail. J’ai besoin de ma dose de gras quotidienne – parce que, deux matin de suite, j’ai eu du porridge !

Pour tenter de… non, pas de sauver son couple, il ne faut pas exagérer, mais d’apaiser la situation, Loïc voulut faire un gâteau. Avec des oeufs. Ouf. Avec peu de sucre. Et de la farine de riz complet. Une expérience à vivre, et Chris salua son effort.
La dernière résolution fut donc : avoir toujours un kilo de farine et un kilo de sucre d’avance. Et des croquettes pour le chien de Chris. Même si, finalement, il n’en avait pas manqué.

Carnet du grand écrivain spécial confinement #2

Publié 20 avril 2020 par Sharon et Nunzi

A la suite du mail précédent de Philippe de Nanterry de Chenoncelle, le grand écrivain lui demanda quelques précisions.

Cher grand écrivain,

puisque vous insistez, je vais vous parler plus amplement de l’ancêtre à qui je dois mon prénom.

Non, il ne s’est pas uniquement illustré en tombant malencontreusement par la fenêtre, réduisant à néant le buisson de fleurs planté par son jardinier, et l’éducation de son neveu qui entendit une phénoménale bordée de jurons. Cela fait partie de la légende familiale, cela fait surtout partie des mémoires d’Isabelle de Nanterry, sa fille, qui furent publiées en 1820 – après la Restauration et la restitution du château familial duquel je vous écris, il fallait bien remplir les caisses.

Mon ancêtre soutint vivement les encyclopédistes, il admirait « furieusement » Rousseau, et en dépit de maints soucis financiers, réussit à marier ses deux filles aînées, Clotilde et Jeanne-Hippolyte – cette dernière fut mariée au comte de Carduel, ce qui marqua la première union entre nos deux familles. La deuxième ? Et bien, ma grand-mère Nanterry est née Elisabeth de Carduel.

Revenons à Philippe, si cela ne vous dérange pas. Son grand malheur pour un aristocrate ? Ne pas avoir de fils. Heureusement, son frère cadet en avait un. Je sais qu’il est de tradition de voir le cadet entrer dans les ordres, mais ce ne fut pas le cas pour les Nanterry – Philippe aurait été trop casse-cou dans sa jeunesse, et ses parents auraient préféré assurer l’avenir du nom. Hélas, son neveu était de complexion fragile, donc difficilement mariable en dépit du nom, du domaine, et de la maigre fortune familiale. Philippe eut donc un coup de génie et maria sa dernière fille, Isabelle, oui, celle qui écrivit ses mémoires, à son neveu : Louis-Nicolas, leur fils, naîtrait au domaine en 1785, deux ans après Marie-Catherine.

Pardon ? Comment cela, mon ancêtre vous rappelle furieusement quelqu’un ? Mais pas du tout. Je n’en ai pas fait exprès de marier ma fille aînée à mon neveu. Je me souviens très bien de ma réaction quand Adrien a eu l’outrecuidance, après m’avoir fait passer l’une des pires journées de ma vie mondaine, de me demander la main de ma fille, et bien, j’ai soudain choisi de me déconnecter de la réalité pendant une trentaine de minutes. Oui, je me suis évanoui, si vous préférez. Mon frère préfère dire qu’après cette journée mouvementée, j’ai fait une chute de tension, pour lui, c’est socialement plus acceptable. Donc, non, je n’ai pas organisé le mariage de ma fille Sophie avec mon neveu Adrien, sauf dans le sens où je n’allais pas laisser ma femme et mon frère s’occuper de tout : j’ai donc mis la main à  la patte et marquer ma plus vive désapprobation.

Pourquoi Philippe-mon-ancêtre n’a pas marié sa fille aînée à son neveu ? Tout l’intérêt d’avoir des filles est de conclure des alliances – et s’allier avec son petit frère, c’est moyen. Puis, Clotilde était plus âgée que son cousin d’une huitaine d’années, alors qu’Isabelle avait le même âge, ils ont quasiment été élevés ensemble, et s’entendaient très bien : ils ont donc poursuivi sur leur lancée étant mariés. Heureusement qu’ils s’entendaient bien, cela fut plus pratique quand ils fuirent avec leurs enfants en direction de l’Angleterre et qu’ils retrouvèrent les Carduel au port de Saint-Malo : fuir la révolution en famille a un côté pratique certain.

Philippe, mon ancêtre ? Il est décédé deux ans après naissance de son petit-fils, en 1787 donc, avec la certitude d’avoir prolongé la lignée.

Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas.

Philippe-Antoine de Nanterry de Chenoncelle