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Des nouvelles du pensionnat des louveteaux – mai 2022

Publié 22 mai 2022 par Sharon et Nunzi

Je dis « le pensionnat, le pensionnat », mais cela pourrait se passer n’importe où.
N’importe où, pas nécessairement en salle des professeurs.
N’importe où où l’on échange des potins.

– Mais ce n’est pas possible ! s’exclama madame Cobert. Je n’étais pas au courant.
– Si cela peut te rassurer, je l’ai appris voici cinq minutes.

Apparemment, un nouveau couple venait de se former… parmi les louveteaux, et madame Cobert avait un train, voir plusieurs de retard pour les informations.
– En même temps, ce sont deux grands sportifs tous les deux. Nan, je plaisante, louveteau et sportif, c’est quasiment incompatible.
– Sauf pour la marche et la course à pieds, ce qui nous sauve dans les sorties scolaires.

Cependant, un drame couvait. Si, si, je vous assure. Enfin… un drame si madame Cobert était une fan de mode indécrottable. Elle a cependant un point faible, ou, comme le dirait son cousin « une addiction qui me fait penser qu’elle est une femme comme les autres » : les sacs à main. Madame Cobert portait son nouveau sac. Tout nouveau. Elle heurta monsieur Gaël de Nanterry. Lui aussi avait un nouveau… sac. Ils avaient le même.
Preuve qu’ils avaient bon goût tous les deux.
Même si cela peut sembler bizarre à certains.

Des nouvelles de Sacaille – mai 2022 – 2

Publié 11 mai 2022 par Sharon et Nunzi

Jean-Robert dut en convenir : la journée se passait bien. Pourtant, les yeux lui étaient sortis de la tête quand il avait vu, de ses yeux vus, Chris, qu’il avait accueilli, côtoyé, appris à apprécier pendant deux ans, en compagnie de son nouveau conjoint. Il avait cependant pris sur lui et était allé les saluer. Il n’avait cependant pas pu s’empêcher de réagir quand il avait entendu un faible « c’est ton ex ? »
– Non, je ne suis qu’adjoint au maire. L’ancien compagnon de monsieur, c’est le maire, vous voyez, celui qui est en train de parler à chaque auteur et qui va encore se ruiner en livres pendant le salon. »

Jean-Robert sortit, non pour fuir le salon, mais pour tenir la buvette – monsieur le maire le remplacerait dans deux heures.

La matinée fila à toute vitesse, et tous les écrivains partirent déjeuner – le salon fermait officiellement pendant deux heures – dans la cour de la mairie.

– Original, dit Nils Denvers, auteur de romans régionalistes, bref, un auteur que le maire de Sacaille n’avait jamais lu.
– Original, redit Nils Denvers en manquant de se brûler avec les plats cuisinés par Lucie, la soeur du maire.
– Je t’avais dit « buffet froid », souffla Loïc à sa soeur. Pourquoi des plats chauds ?
– J’aime aller au bout des choses, dit elle. Je ne vais pas servir une salade boulgour quinoa lentille corail à des personnes qui ne reviendront peut-être jamais ici. Je veux qu’il garde un bon souvenir.

Loïc avait prévu un trajet court, c’est à dire pas le trajet qui faisait passer les écrivains devant sa maison – un ancien tribunal cantonal du XIXe siècle. Cependant, trois écrivains ressentirent le besoin de se dégourdir les jambes et de faire le tour de Sacaille, Jean-Robert ne les quitta pas d’une semelle.

– Cette demeure est très rare, s’exclama Nils Denvers. Une prévôté ! Et restaurée ! J’envie l’heureux propriétaire.
Jean-Robert bafouilla que ce n’était pas si confortable que cela, qu’il avait fallu, comme pour la mairie, faire de nombreux travaux tout en restant fidèle à l’architecture. Il ajouta qu’il habitait la demeure sise à la droite de la prévôté, il savait donc à quel point le propriétaire avait déployé d’énergie pour la rénover.
– Si j’osais, reprit Nils, je vous demanderai son identité. J’aimerai tant découvrir cette … magnificence !
Jean-Robert convint que la maison était très belle.
– Vous pouvez le lui demander, c’est le maire qui possède cette maison. C’était un rêve pour lui.
– Je le comprends.

Loïc accepta. Nils Denvers, après le salon, resta dîner. Il resta dormir aussi chez le maire, il n’avait aucune urgence qui l’attendait chez lui, un charmant village de l’Oise.  « Ma soeur garde mon yorkshire ».
Jean-Robert jette un voile pudique sur ce qui se passa ce soir-là. Si ce n’est que l’écrivain ne repartit pas tout de suite. Il resta même quelque jours. Repartit. Puis revint. Avec son yorkshire.
On ne sait jamais ce qui peut se passer pendant un salon du livre.

Des nouvelles de Sacaille – mai 2022

Publié 9 mai 2022 par Sharon et Nunzi

Les élections s’étaient bien passé cette année, tout semblait aller pour le mieux dans le plus apaisé des mondes, cependant Caroline, la secrétaire de mairie, demanda à Jean-Robert, adjoint au maire, pourquoi Loïc, maire de Sacaille toujours au bord de la démission (malheureusement, personne ne convoitait le poste), paraissait si mélancolique.
– Comment, vous n’êtes pas au courant ?
Caroline dut convenir que non.
– Chris l’a quitté voici trois semaines.
– Non ! Mais pourquoi ? Non, se reprit-elle immédiatement, cela ne me regarde pas.
– Ce n’est malheureusement pas un secret. Chris a rencontré quelqu’un d’autres, quelqu’un qui, je cite, n’est pas retenu dans ses choix de vie par des préjugés d’un autre âge. Traduction en bon français : tu ne veux pas te marier, tu ne veux pas d’enfants, pas grave, je trouverai quelqu’un d’autre qui veut, et il a trouvé.
– Je comprends mieux dans quel état se trouve monsieur le maire.
– Et encore, vous ne savez pas tout ! Il a été tellement déprimé pendant une semaine qu’il ne s’est nourri que de quinoa, de lentilles et de boulgour, agrémentés de tisane de romarin.

Nous interrompons notre récit pour vous laisser digérer méditer cette information.

– Mais… c’est le salon du livre de Sacaille dimanche !
– Monsieur le maire me l’a dit ce matin : il se comportera exactement comme d’habitude. Discours d’inauguration, présence quasiment toute la journée, pause déjeuner chez lui, discours de fin, et tant pis s’il doit passer la journée confronté à son ex, à son ex beau-père, libraire co-organisateur du salon et au nouveau compagnon de son ex. Comme il me l’a précisé : « oui, cela fait beaucoup, mais je suis un grand garçon. Sacaille avant tout.

Pendant ce temps, à la librairie.

– On, mais papa !
– Christophe, le travail, c’est le travail, les sentiments, ce sont les sentiments. Je ne vais pas annuler le salon du livre de Sacaille simplement parce que tu as rompu avec le maire, qui m’a assuré que tout se passerait comme prévu. Si vraiment tu ne veux pas venir, je me débrouillerai tout seul.
– Je viendrai… mais Félix vient avec moi !
– Si tu y tiens, soupira son père.

Brève du pensionnat des louveteaux – mai 2022

Publié 3 mai 2022 par Sharon et Nunzi

Victor, fantôme officiel de madame Cobert depuis vingt ans, tient à dire qu’il n’est pas responsable de toutes les catastrophes provoquées en classe.

Il est cependant ravi qu’un des élèves de madame Cobert croit en lui.

Il tient à le rassurer : oui, il vient tous les jours en cours. Il faut bien s’occuper.

Par contre, il ne sait pas encore ce qu’il fera demain.

Elections à Sacaille, session 2022

Publié 11 avril 2022 par Sharon et Nunzi

Vous vous souvenez des dernières élections à Sacaille ? Non ? Le maire lui, s’en souvient très bien. Ce n’est pas à cause de la magistrale dispute avec son conjoint, qui se fit une grosse indigestion de frites, non, c’est parce que depuis, il possède une écharpe, celle qu’il a tricotée toute le journée tant on ne se bouscula pas au bureau de vote.

Là, ce fut le contraire, à sa plus grande joie. Les gens se réveillaient enfin et venaient voter en masse. Pas de pause de la journée, les deux isoloirs étaient rarement vides. Qu’importe que la mairie fut devenue, par ce jour de beau temps, la destination idéale pour une balade dominicale avec le chien, qui patientera tranquillement en profitant du parc, pendant que l’un ou l’autre de ses maîtres votent.

– Lors des dernières élections, nous avions 30 % de participation, cette-fois-ci, c’est 76 % ! C’est une grande victoire !
– Disons qu’ils ont vraiment voulu soutenir leur candidat, leur candidate, bref, ils ont agi en citoyens responsables.

Il paraît qu’il est des mairies où, si vous venez voter l’après-midi, on vous fait la gueule. Il est même des gens qui disent que voter tard, ce n’est pas vraiment voter. A Sacaille, même si vous venez voter tard, on vous accueille chaleureusement : vous êtes venu voter, c’est tout ce qui compte ! Et, pour la deuxième proposition, tant que le bureau de vote est ouvert, on peut voter, et c’est tout ce qui compte.

Je (=Sharon) terminerai par une mention spéciale pour mon papa, qui a commencé sa journée à 5 h 30 et l’a terminé fort tard. Etre adjoint au maire une journée d’élection, c’est du boulot.

Le pensionnat des louveteaux – l’on n’est pas obligé de tout raconter

Publié 26 mars 2022 par Sharon et Nunzi

Bonjour à tous
L’on n’est pas obligé de tout raconter, de tout dire sur les réseaux sociaux et autres messageries. Le droit à la vie privée est important. Même si certains louveteaux ne se privent pas de tenir un journal et de raconter les déboires divers et variés du pensionnat, ainsi que les leurs.
La lumière ne fonctionne toujours pas dans certaines pièces ? Nous y travaillons. Vous savez combien de néons comporte cet établissement ? Moi non plus.
Par contre, ce que je sais, c’est que l’augmentation du coût de l’essence augmente le coût des futures sorties scolaires, celles que nous ne pouvons pas faire à pattes. Si jamais un écologiste venait me tenir un de ses discours visant à remplacer le bus par la marche à pieds, je lui répondrai « déjà fait à plusieurs reprises ». Pas la peine de dire non plus « l’important, c’est le voyage, pas la destination ». Nous ne sommes pas dans un road moavie.
J’en avais presque oublié la pétition qui circule pour améliorer les repas de la cantine. Je m’inscris en faux, les repas de la cantine sont très bien. Ce n’est tout de même pas notre faute si les cuisiniers ne sont pas au top de leur forme culinaire, et si certains appareils ménagers ne sont plus vraiment en état de fonctionner. Si vous aviez été au dernier conseil d’administration, vous auriez su la somme astronomique que nous avons dû débloquer des fonds de réserves pour remplacer ce qui doit l’être.
Nous avons aussi acheté une grande quantité de papier toilette. Je vous rappelle qu’en cas de manque dans les toilettes, dans n’importe quelle toilette, vous pouvez contacter PQ express, une application que je vous invite à télécharger sur votre téléphone portable, et des feuilles de PQ vous seront livrées immédiatement. Oui, des feuilles, pour des rouleaux… on fait ce que l’on peut.
Non, le pensionnat est assez calme, si l’on y pense. Je rappelle que, si des louveteaux ont des questions concernant leurs problèmes de coeur, ils sont gentils, ils les gardent pour eux ! Vu l’état de nos vie sentimentales, c’est plus prudent.

Parenthèses Géraud de Sainteuil (2)

Publié 10 mars 2022 par Sharon et Nunzi

Ecrire une biographie de quelqu’un de « pas très connu », ce n’est pas forcément facile.
Mais Géraud de Santeuil est quelqu’un de méthodique.
Il a épluché soigneusement l’état civil.
Il a ainsi découvert que François Flandrin, grand-père de Jules, s’était marié à cinquante ans. Tardif, non ? Surtout qu’il n’était pas veuf d’une première union.
– Percy, l’un de mes ancêtres aussi s’est marié à cinquante ans, mais c’était sa troisième union.
De cette union naquit Paul, et deux filles, Luce et Louise – cette dernière devint religieuse, tout comme Françoise, la soeur du premier Jules Flandrin.
– Savez-vous que la famille Nanterry de Chenoncelle compte fort peu de religieuse ? Aucune pour tout le XIXe siècle ! Une seule pour le XVIIIe.
– Une famille très croyante, commenta Percy.
– J’aimerai savoir pourquoi il s’est marié si tardivement. Il se serait marié à trente-cinq ans, à quarante ans, je me serai dit que cela était fort possible. Mais cinquante ! Je serai romancier, je pourrai inventer une histoire d’amour contrarié, une histoire d’amour tragique, ou même les deux, l’imagination n’a pas de limites. En tant que biographe, j’ai envie de chercher des traces de fiançailles rompues, même si ce n’est pas facile.
– Et sa femme ?
– Elle était veuve depuis trois ans et était âgée de vingt-huit ans. Je cherche un lien entre elle, son mari, et les Flandrin. Je reste persuadé que quelqu’un a joué les rôles d’entremetteur entre Eléonore Jacquet, veuve d’Etienne Jacquet et mère de deux enfants, de douze et dix ans. Oui, elle avait été mariée très jeune, à quinze ans, mon esprit non-romanesque peine à croire que l’on puisse se marier si jeune de gaieté de coeur, à moins de subir une famille abominable, ou indifférente. J’ai noté aussi que madame Flandrin mère était présente au mariage de son fils, elle était âgée de 74 ans.
Percy le félicita pour tant de minutie, Géraud lui répondit que c’était la moindre des choses;

Il lut aussi attentivement tous les actes notariés qu’il put trouver. Le moins qu’il puisse dire est que les Flandrin ne chômaient pas. Et pourtant, ils n’avaient pas le monopole, deux autres études existaient dans la même ville, qui n’était pourtant pas si grande.
– Oui, mais c’est une sous-préfecture, ceci explique peut-être cela.
Il compulsa aussi frénétiquement les journaux, découvrant fort peu de choses sur la famille, qui se voulait… discrète ? Peut-être. Une dynastie, en tout cas, puisque dès 1695, il trouva la trace d’un Flandrin exerçant la profession de notaire.
– Ce doit être tout de même fort triste d’exercer le même métier depuis des générations. De ne pas avoir le choix.
– Mouais, grogna Percy. Je ne suis pas sûr qu’à l’époque, la question se posait. On obéissait, point. Et vous Géraud, comment vos parents prennent-ils le fait que vous soyez biographe ?
– Je suis avant tout historien de formation, métier où l’on crève traditionnellement de faim, à moins d’être médiatisé. Quitte à crever de faim, autant se spécialiser dans quelque chose que l’on apprécie. J’ai l’habitude aussi de vivre de manière relativement simple. Faire des recherches dans les archives, surtout si elles sont en ligne, ne nécessite qu’un bon ordinateur et une bonne connexion internet, je fais beaucoup d’économies !

Madame Cobert et sa journée.

Publié 7 mars 2022 par Sharon et Nunzi

On ne le dira jamais assez, au pensionnat des louveteaux, tout va bien.
Sauf que madame Cobert a failli avoir la main coupée. Trois fois rien. Une petite erreur dans le découpage du gâteau hebdomadaire servi en salle des professeurs.
Ce sont des choses qui arrivent.
Les élèves sont démoralisés au vue de leurs résultats, au point de pratiquer l’humour noir (exemple sur simple demande).
Madame Cobert peine à faire sortir les élèves de sa salle de classe, même après la sonnerie.
Ce sont des choses qui arrivent.
Des élèves qui ne sont pas de la classe de madame Cobert viennent assister à ses cours.
Ce sont des choses qui lui arrivent.
Sur ce, souhaitons-lui une semaine à venir… paisible.

Nouvelle parenthèse sur Géraud de Santeuil.

Publié 4 mars 2022 par Sharon et Nunzi

-Non, je n’ai pas renoncé à mon projet de livres sur les Perchay. Non. Seulement cette daube (il agita un livre sous le nez de Percy et d’Illustre) me révulse.
– Ah, vous aussi, vous avez lu le roman des Flandrin
– Roman, cela porte bien son nom. Je ne dormirai pas de la nuit si je rédigeai un livre qui contient si peu de références à ses sources. Puisque c’est ainsi, je vais m’intéresser à la famille Flandrin, de la révolution française à la seconde guerre mondiale.
– Vous ne craignez pas …
– Je ne suis plus à une menace de mort près. Puis, ce ne sont que des menaces. Puis, les descendants de Charles-Marie Liénart m’ont laissé enquêter sur leur famille.
– Ils n’avaient rien à cacher.
– C’est sûr ! J’ai interrogé Bérénice de Nanterry, Gauvain Leffort et Marie-Léa Liénart. Leur point commun ? Tous les trois sont médecins ! Bérénice est une double descendante du docteur, puisque deux de ses arrières-grands-mères sont les filles du docteur Liénart.
– Je me demande ce qu’il penserait, d’avoir une descendantes médecin légiste.
– Je pense qu’il trouverait que c’est une bonne chose. Il souhaitait inlassablement savoir comment mieux soigner, découvrir ce qui n’avait pas été dans les soins donnés. Je vais me pencher sur maître Flandrin, dussé-je remonter jusqu’à la Renaissance pour dresser un arbre généalogique de tous les notaires de la famille.

Grand écrivain, ça va ? partie 4

Publié 18 février 2022 par Sharon et Nunzi

– Illustre ?
– Oui, Percy ?
– Vous ne saurez jamais ce que Guillaume a trouvé dans la petite librairie dans laquelle il se rend.

Percy tendit à Illustre un court ouvrage nommé « Le roman des Flandrin ».
– Les Flandrin… La famille rivale des Liénart ?
– Exactement ! Je vous le prête, ou je vous le résume.
– Quand j’écris, j’ai la flemme de lire, sauf des documents dont j’ai besoin pour écrire.
– Pour résumer, l’auteur raconte du point de vue Flandrin tout ce que nous savons du point de vue Liénart. La différence ? Ils affirment que Charles-Marie Liénart a bien tué le notaire Flandrin, même si, je cite, il ne sait pas comment le médecin a pu s’y prendre, et encore moins quel mobile il a pu avoir. De même, il ne comprend pas – l’auteur toujours – pourquoi Charles-Marie Liénart a rompu, alors que s’il avait tué beau-papa pour hériter plus vite, c’était plus simple ?
– Et pour Jules Flandrin fils ?
– Là, l’auteur, Cédric Poujart, pour le nommer, sèche complètement et ne voit pas pourquoi, si ce n’est une haine viscérale des Flandrin. Il pense même que Charles-Marie Liénart aurait pu payer un tueur.
Un grand éclat de rire retentit. Oui, le fantôme de Charles-Marie Liénart s’était invité dans la pièce.
– Quel nigaud ! Pardon, excusez-moi, c’est trop drôle. Comme je l’ai toujours dit, à mes enfants, à mes petits-enfants, on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Si j’avais vraiment, mais alors vraiment voulu tuer quelqu’un, je l’aurai fait moi-même.
– Philippe, votre petit-fils, dit exactement la même chose.
– Il a bien retenu mes leçons. Désolé de m’être immiscé dans la conversation. Pure curiosité : le cher homme n’a tout de même pas tenté de réhabiliter Elisabeth Flandrin.
– Si.
– Il faut être gonflé pour cela.
– La rengaine habituelle : nous ne savons pas ce que nous aurions fait à sa place.
– Moi si : je n’aurai sans doute pas été résistant, parce que trop trouillard. Collaborer activement avec les allemands, certainement pas. J’aurai tenté de survivre, comme mes grands-parents à l’époque. Il parle aussi de Jeannette Flandrin ?
– Il affirme qu’elle est morte jeune dans un couvent près de Vernon, n’ayant pas pu se remettre du choc de la mort de son père et de son mariage raté.
– Quitte à écrire un roman, autant faire preuve d’imagination !