Tas de pierre

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L’envers des carnets du grand écrivain – 9 – ou plutôt lettre de Perceval

Publié 23 janvier 2019 par Sharon et Nunzi

Chère Piper,
je te rassure, ton grand frère va bien. Le grand écrivain écrit, et il n’ennuie personne. A vrai dire, cela fait tellement longtemps qu’il est charmant, c’est à dire depuis qu’il a officiellement renoncé à l’écriture que j’en viens à m’interroger sur les voies de l’écriture !
Guillaume, par contre, je ne l’ai jamais vu ainsi, jamais, et pourtant, je l’ai croisé à chacune de ses blessures, ce n’est pas peu dire. Il m’a assuré que c’était différent. La plupart, assure-t-il, était reçue dans l’exercice de ses fonctions, c’est à dire en pleine opération policière. Les risques du métier, répéta-t-il. Il rentre dans cette catégorie les fois où il s’est malencontreusement blessé lui-même en poursuivant un suspect, chutant et ratant sa réception. Là, c’était différent. Il se promenait dans la forêt, et c’est bien lui qu’on visait !
Il a été interrogé par un collègue, qui lui a demandé ce qu’il faisait là, sur les lieux d’un crime.
– Je me promenai, comme beaucoup de personnes dans cette forêt, et le crime auquel vous faîtes allusion n’est pas récent.
– Qui était au courant ?
– Personne. Je vais souvent me promener sur un coup de tête.
Tu noteras comme moi que les promenades sur un coup de tête ne lui réussissent pas, Guillaume s’est bien gardé de parler de son agression au Tas de pierre par un chasseur de vampires, cela aurait fait plus que bizarre ! Pour l’instant, ils « ne privilégient aucune piste », ce qui veut dire qu’ils n’ont pas grand chose. Ils ont tout de même jeté un coup d’oeil chez les Raréville et les Asmodée, les deux charmants châtelains qui crèchent de chaque côté de la forêt. j’espère que tu te souviens d’eux, parce que moi, je les avais complètement oubliés. De ce côté là, chou blanc aussi, ils ne possèdent pas d’armes.
Sur ce, je te laisse, il est l’heure d’aller promener Winston.
Je t’embrasse,
Percy.

L’envers des carnets du grand écrivain – 8

Publié 12 janvier 2019 par Sharon et Nunzi

C’est la rentrée littéraire d’hiver. Si, si. Le grand écrivain, qui a la chance de ne pas avoir publié un seul livre à cette rentrée, en profite donc pour jouer les marmottes, allongé sur le canapé du Tas de Pierre, recouvert par un plaid.

– On ne parle que de deux auteurs, et encore, on parle à peine de leurs livres. Certains journalistes manquent cruellement d’imagination.
– Ou peut-être n’ont-ils pas lu les livres, bougonna Perceval.
– Comment va Guillaume ?
– Il déteste être le sujet de l’enquête au lieu d’être l’enquêteur. Je dis bien le « sujet » parce qu’il hurle si on dit de lui qu’il est une victime.
– C’est bien, c’est la preuve qu’il est capable de réagir. Un peu plus que moi, d’ailleurs : si jamais je me faisais tirer dessus, ce dont je doute parce que ma vie est aussi mouvementée que les plaines de la Beauce…
– Sauf quand vous réveillez des vampires dans une grotte ou des loups-garous en hibernation dans mon cellier…
– je me dis que je serai bon pour une dépression et une incapacité totale à écrire la moindre ligne ! D’ailleurs, après cette pause, je vais me remettre dare-dare à l’écriture, je n’aime pas laisser mes personnages dans une impasse. Je vais même faire mienne cette phrase que vous avez prononcé il n’y a pas longtemps : « Dire que la solution était si prêt !  »

Noël au Tas de Pierre en 2018

Publié 27 décembre 2018 par Sharon et Nunzi

Nous sommes le 26 décembre, et vous vous demandez peut-être comment s’est passé Noël au Tas de Pierre. « Relativement bien » semble une réponse satisfaisante.

Percy se disait bien, comme presque tous les ans, qu’il avait oublié quelqu’un. Non, pas de vampires, de loups garous ou autre bestioles un peu bizarres cachées dans le cellier, le grenier, ou les écuries. Non, il avait oublié que Gladys, en venant avec compagnon et enfants, venait aussi avec le tout jeune écrivain qu’elle cornaquait actuellement – jeune écrivain qui demanda s’il pouvait venir avec quelqu’un.
– Il n’a pas de famille avec laquelle passer les fêtes ?
– « Noël, c’est pour les enfants », m’a-t-il dit. Il déteste les repas de famille, du moins, ceux de sa famille.

L’illustre écrivain était absent, puisqu’il avait besoin de mettre une certaine distance avec son manuscrit, et de se rapprocher de son fils, de sa belle-fille, et de ses deux petits enfants. Bon, un soucis d’inspiration en moins, sachant que Calpurnia et Lambert venaient aussi. Note : Calpurnia, fille aînée de Percy, avait la délicatesse de ne jamais parler de ses problèmes d’inspiration, comme si elle n’en manquait jamais. Elle mettait la dernière touche au manuscrit de Compotée de pruneaux à la limite – un livre qui n’avait pas grand chose à voir avec la cuisine.

– Gladys, ce « quelqu’un », c’est un ami, ou un petit ami ?
– Il l’appelle « mon lapin ». Je ne me prononcerai pas davantage.

Le réveillon se passa… bien, et se termina… tôt, parce que tous sentaient la fatigue de cette année. Vint l’ouverture des cadeaux – Percy avait rapidement trouvé quelque chose pour l’ami du jeune écrivain, croisant les doigts pour qu’il aime le thé.

Percy se réveilla tôt, et constata que ses petits enfants… aussi. De quoi se promener dans la campagne sans incident (Percy avait quelques souvenirs cuisants). Le jeune écrivain et son ami n’émergèrent qu’à midi, et Percy se dit que, si cela continuait ainsi, il ne saurait jamais comment s’appelait « mon lapin ».

L’après-midi se déroula calmement, les enfants testèrent leur nouveau jouet, Percy s’enfonça dans le dernier livre qui lui avait été offert – un cadeau de l’Illustre écrivain. Non, pas son dernier roman, mais le dernier Michael Connelly – un polar loin de l’Ecosse !

Oui, Noël pouvait être paisible au Tas de Pierre, il ne fallait pas l’oublier. Enfin, Percy le croyait lorsque, laissant les clefs du château à sa fille, s’apprêtant à regagner la France pour visiter Piper et Arthur. Il avait dit au revoir à tout le monde, il avait même la main sur la poignet de la porte, et Winston était déjà dans la voiture quand il reçut des nouvelles inquiétantes de Guillaume, à la suite d’événements que vous pouvez lire ici. Vive les moyens modernes de communications.

Des nouvelles du Tas de pierre en août

Publié 7 août 2018 par Sharon et Nunzi

Et si nous prenions des nouvelles brèves d’autres membres de la famille McKellen ? L’illustre écrivain, quand il n’est pas occupé à nouer les fils de son intrigue, s’est rendu compte que le Tas de Pierre était un peu désert – mis à part Percy, très occupé à écrire des articles ou à communiquer via sa connexion internet, demande des nouvelles des enfants et petits-enfants de Percy.
– Calpurnia arrive la semaine prochaine. Vous aurez ainsi une compagne d’écriture, même si elle ne fréquente pas du tout le même genre que vous. Le titre provisoire de son dernier opus est Compote, ça fait rire. Vous vous souvenez de l’histoire d’amour entre Liam McHornish et Gentiane.
– Oui !! Même que vous n’étiez pas jouasse.
– je le suis encore moins maintenant que Liam a rompu avec Gentiane. Du coup, elle préfère rester en France. Réséda est avec Francis, son père, qui a des soucis avec la canicule, les vignes n’apprécient pas, les cultures d’André non plus.
– ?
– Le mari de Lavinia est céréalier. Vous ne pouvez ignorer que votre attachée de presse est très occupée par la rentrée littéraire – elle viendra pendant les vacances de la Toussaint avec Thomas, son mari, graphiste débordé. Alexander est débordé; Les réaménagements des logements atypiques ont la côte. Il doit aménager une longère dont les chambres sot situées de chaque côté de la cuisine et de la salle de bain – et il distingue à peine le garage du séjour, ce qui est tout de même un problème conséquent.
– Et Elinor ?
– Depuis son divorce, elle a une forte tendance à se noyer dans le travail et l’équitation. Et James sera père pour la seconde fois en septembre.
– Il n’a pas perdu de temps !
– Effectivement, non.
– Et vos cousins Wilma et Giles ? Vous n’allez pas passé quelques temps avec eux dans sa maison aux Orcades ?
– Ils ont prêté leur maison à leur fils et belle-fille, pendant qu’ils accompagnaient leur fille dans un de ses voyages délirants : le tour du Canada en vélo ! Ils en ont un peu assez d’être sur une île.
– Je les comprends. J’ai écrit mon roman Plakimo Tripsing sur une île.
– Pourquoi ce titre ? Il ne veut rien dire.
– C’est pour cette raison que je l’ai choisi, pour embêter les journalistes et autres soi-disant chercheurs littéraires qui se sont creusés la tête pour chercher le signifié et le référent derrière ce titre, le jeu sur les assonances qui devait exprimer l’inanité de donner un sens à la vie. C’était bien la preuve qu’ils n’étaient pas allés plus loin que les vingt premières pages, parce que la raison de ce titre, je l’ai mis au deux tiers. Non, parce que les auteurs justifient toujours leur titre au début ou à la dernière page, j’ai voulu varier. Bref, comme l’écriture n’avançait pas, on me parachute sur une île quasiment déserte en plein mois de janvier. Sur l’île : rien ! Le ravitaillement venait du continent, pas une librairie, pas une épicerie, rien !!! En une heure et en adoptant un rythme de flâneur, j’avais fait le tour de l’île. je m’astreignais à le faire tous les matins, qu’il pleuve, qu’il pleuve ou qu’il pleuve. Puis, écriture, écriture, écriture. Je ne dis pas que cette île n’était pas plus intéressante en été, je dis simplement que ce devait être particulier ! C’est après l’écriture de ce livre que je me suis fâché avec la prsese, d’ailleurs.
– Elinor dit plutôt que vous vous êtes fait connaître.
– Mouais. Je venais de passer quatre mois sur une île, j’avais même un demi-roman d’avance, et là, ce couillon me pose des questions bateaux du genre : vous écrivez à la main ou à l’ordinateur ? Bien sûr, il en arrive à la question : quels livres emporteriez-vous sur une île déserte ? Je crois que j’ai bondi du fauteuil comme si je m’étais assis sur un buisson d’orties. Je lui ai répondu que, seul sur une île déserte, je n’avais strictement aucune raison de lire, je chercherai simplement les moyens de survivre, et de me tirer de là vite fait ! Non, parce que, franchement, quitte à attendre les secours, autant lire un manuel de survie, ou alors terminer son dernier roman, réclamé par l’éditeur !

Cauchemar au Tas de pierre

Publié 20 juillet 2018 par Sharon et Nunzi

Il est huit heures. Percy, l’illustre écrivain et Winston le bouledogue sont en train de prendre leur petit déjeuner. Visiblement, la nuit a été dure pour tout le monde.

– J’ai fait un cauchemar, commença Percy. Je n’avais plus de flocon d’avoine pour préparer mon porridge quotidien. Je partais faire les courses, et toutes les boutiques d’Iverness à Edimbourgh étaient en rupture de stock.

Illustre compatit, bien qu’il n’appréciât pas plus que cela les flocons d’avoine, et se demandât comment Percy pouvait ingérer une telle nourriture jour après jour.

– Moi aussi, j’ai cauchemardé. J’ai rêvé que je devais participer à une émission nommé « l’amour est dans les casseroles stylées ». J’étais une sorte de coach qui devait enseigner le moyen de séduire l’être aimé par le contenu de son assiette et la richesse de ses déclarations d’amour poétique. Je courrai d’un candidat à l’autre, un dictionnaire des rimes d’une main, une casserole dans l’autre. Moi qui ne sais ni cuisiner de manière élaborée, ni écrire des sonnets !

Quant à Winston, son rêve était des plus classiques. Il s’était pris toute la nuit pour un chien de berger, et avait poursuivi un troupeau de moutons azimutés. Il était si épuisé qu’il ressentait le besoin d’une petite sieste, là, maintenant, tout de suite, au-dessus de sa gamelle de croquettes.

Le grand écrivain de retour du salon du livre 2018

Publié 10 mai 2018 par Sharon et Nunzi

Sharon a été au salon du livre de Paris 2018. Elle n’a pas été la seule. L’illustre écrivain aussi. En tant que visiteur. Et cela faisait longtemps que ce texte, inachevé, était en brouillon. Je vous le propose donc aujourd’hui.

Depuis son retour, le grand écrivain était vautré, à plat ventre, sur son lit, et émettait de temps en temps des gémissements pas très rassurants. Quand Percy McKellen avait voulu savoir, tout de même, si cela « allait », il lui avait fait signe que oui.
Au bout de ce qui sembla à Percy une éternité, le grand écrivain fit son apparition, et ce ne fut pas triste.
– Plus jamais, plus jamais je ne mettrai les pieds dans un salon du livre de cette dimension : j’ai cru mourir étouffé une bonne dizaine de fois. Une rock star aurait été l’invité d’honneur que cela n’aurait pas été pire. Et après, on me dit que l’industrie du livre est en crise, cela dépend pour qui !
J’ai cru pouvoir respirer un peu en allant me restaurer. Argh ! J’ai fait demi-tour, je me suis réfugié à l’aire de pique-nique, pas une place pour s’asseoir, et pourtant, je n’avais pas l’impression que c’était l’heure de pointe. La prochaine fois, je viens avec un thermos de café et des barres énergétiques. Je chausserai aussi des patins à roulettes. Enfin, avec ce qui recouvre le sol, ce sera tout de même compliqué.
J’ai une pensée émue pour les personnes qui font deux/trois heures de queue pour avoir une autographe. D’un côté, c’est pratique, on a temps de lire le bouquin entier et de dire au gentil auteur qui doit avoir vachement mal au poignet à force de signer que son bouquin n’est pas terrible terrible. S’il est précis, s’il a pris carnet et stylo, il peut même se targuer d’une analyse stylistique.
Je ne vous parle même pas de certains auteurs surélevés! Si, comme moi, on n’est pas très très grand, c’est tout juste s’il ne faut pas sauter comme un kangourou pour obtenir une dédicace.
Puis, je vais être franc : autant de livres, et bien, cela m’a fichu mal au coeur. Je crois que je vais me mettre à récrire, pour ne plus avoir à lire !

Quand il fallait emmener le grand écrivain au salon du livre

Publié 8 avril 2018 par Sharon et Nunzi

Avant, emmener le grand écrivain à un salon du livre dans le but de lui faire rencontrer ses lecteurs et signer un maximum de livres, cela ressemblait à peu près à cela :
Je n’irai pas !
Phrase qu’il répéterait à chaque fois qu’un membre de sa maison d’édition lui adresserait la parole – non, parce qu’il avait, heureusement, d’autres sujets de conversation avec son fils.
Puisque je vous ai dit que je n’irai pas !
Variante de la phrase précédente.
On lui rappelait alors les termes de son contrat.
Je dois écrire des livres et faire leur promotion. Je ne suis ni Balzac, ni Zola, mais je les imagine mal en train de faire les clowns dans une émission télévisée !
On lui rappelait alors (bis) qu’un salon du livre était mieux que passer à la télévision. Puis, il rencontrerait des lecteurs, pas des journalistes qu’il abhorrait.
Le jour J arrivait, et là…. Si vous avez déjà tenté d’emmener un animal récalcitrant chez le vétérinaire, si vous avez déjà tenté de faire rentrer un chat dans un panier pour partir en vacances, vous aurez compris à quel point c’était difficile de le contraindre à venir. Point positif : le grand écrivain ne souffrait pas du mal des transports.
Après…. certaines exigences étaient des plus bénignes, comme celle de désirer du café sans sucre à volonté et de dédicacer les livres avec SON stylo bic bleu. Il fallait aussi lui reconnaître d’autres qualités : une fois que l’on avait réussi à l’installer sur le stand, il faisait son travail, ne cherchait pas des échappatoires. Il n’était pas comme certains auteurs plus occupés à papoter avec leurs voisins qu’à se rendre compte qu’en face d’eux se trouvait un lecteur en train d’attendre une dédicace, ou de ses auteurs au regard tellement fuyant qu’ils regardaient à droite, ils regardaient à gauche, mais ils omettaient de regarder devant eux, avant de se lever et de quitter le stand, au grand désespoir …. du libraire qui sentait quelques ventes lui échapper.
Par contre, il était nécessaire d’éviter de lui dire, le soir venu : « alors, cela ne s’est pas trop mal passé ? » sous peine de lui voir vous jeter un regard plus noir que le café qu’il avait absorbé toute la journée et sombrer dans le mutisme le plus profond. Certes, le silence, c’est bien, jusqu’à un certain point.
Ne lui demander pas non plus de se mêler aux autres écrivains. Se raconter des histoires d’écrivain, ce n’était pas « son truc ». D’autres le faisaient, pas forcément, très bien, il leur laissait ce privilège.