poésie

Tous les articles de la catégorie poésie

Il m’a dit d’Edmond Jabès

Publié 27 avril 2017 par Sharon et Nunzi

Un poème trouvé sur FB, mis par un ancien collègue de Sharon – il a pris sa retraite cette année. Il nous a beaucoup plu, j’espère qu’il vous plaira.

Il m’a dit

Il m’a dit :
Ma race est la race jaune.
J’ai répondu :
Je suis de ta race.
Il m’a dit:
Ma race est la race noire.
J’ai répondu :
Je suis de ta race.
Il m’a dit :
Ma race est la race blanche.
J’ai répondu:
Je suis de ta race ;
car mon soleil fut l’étoile jaune
car je suis enveloppé de nuit;
car mon âme, comme la pierre de la loi
est blanche.
Edmond Jabès

Publicités

Poésie du jeudi 13 avril 2017

Publié 13 avril 2017 par Sharon et Nunzi

Nous n’avons pas participé depuis longtemps, et écrire un poème en ce moment, ce n’est pas facile. Nous vous proposons donc aujourd’hui ce sonnet de Du Bellay, extrait des Regrets. Il s’adresse au poète Ronsard.

Si celui qui s’apprête à faire un long voyage
Doit croire celui-là qui a jà voyagé,
Et qui des flots marins longuement outragé,
Tout moite et dégouttant s’est sauvé du naufrage,

Tu me croiras, Ronsard, bien que tu sois plus sage,
Et quelque peu encor (ce crois-je) plus âgé,
Puisque j’ai devant toi en cette mer nagé,
Et que déjà ma nef découvre le rivage.

Donques je t’avertis que cette mer romaine,
De dangereux écueils et de bancs toute pleine,
Cache mille périls, et qu’ici bien souvent,

Trompé du chant pipeur des monstres de Sicile,
Pour Charybde éviter tu tomberas en Scylle,
Si tu ne sais nager d’une voile à tout vent.

Jeudi Poésie – Le déserteur de Boris Vian

Publié 26 janvier 2017 par Sharon et Nunzi

Après plusieurs hésitations, voici ce texte de Boris Vian, et la version chanté de Mouloudji, qui comporte quelques variantes.

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C’est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m’en vais déserter

Depuis que je suis né
J’ai vu mourir mon père
J’ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j’étais prisonnier
On m’a volé ma femme
On m’a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J’irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d’obéir
Refusez de la faire
N’allez pas à la guerre
Refusez de partir
S’il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer

Jeudi Poésie – Rêverie de Victor Hugo

Publié 12 janvier 2017 par Sharon et Nunzi

Bonjour
Oui, je sais, je ne suis pas en avance, j’ai eu une nuit difficile – et Sharon, aussi.
Je vous propose donc cet extrait du recueil Les Orientales, paru en 1829, de Victor Hugo.

Rêverie

Oh ! laissez-moi ! c’est l’heure où l’horizon qui fume
Cache un front inégal sous un cercle de brume,
L’heure où l’astre géant rougit et disparaît.
Le grand bois jaunissant dore seul la colline.
On dirait qu’en ces jours où l’automne décline,
Le soleil et la pluie ont rouillé la forêt.

Oh ! qui fera surgir soudain, qui fera naître,
Là-bas, – tandis que seul je rêve à la fenêtre
Et que l’ombre s’amasse au fond du corridor, –
Quelque ville mauresque, éclatante, inouïe,
Qui, comme la fusée en gerbe épanouie,
Déchire ce brouillard avec ses flèches d’or !

Qu’elle vienne inspirer, ranimer, ô génies,
Mes chansons, comme un ciel d’automne rembrunies,
Et jeter dans mes yeux son magique reflet,
Et longtemps, s’éteignant en rumeurs étouffées,
Avec les mille tours de ses palais de fées,
Brumeuse, denteler l’horizon violet !

Poésie du 8 décembre 2016 avec Musset

Publié 8 décembre 2016 par Sharon et Nunzi

Voici ma contribution du jour, avec Musset et ses muses.

Sonnet au lecteur

Jusqu’à présent, lecteur, suivant l’antique usage,
Je te disais bonjour à la première page.
Mon livre, cette fois, se ferme moins gaiement ;
En vérité, ce siècle est un mauvais moment.

Tout s’en va, les plaisirs et les moeurs d’un autre âge,
Les rois, les dieux vaincus, le hasard triomphant,
Rosafinde et Suzon qui me trouvent trop sage,
Lamartine vieilli qui me traite en enfant.

La politique, hélas ! voilà notre misère.
Mes meilleurs ennemis me conseillent d’en faire.
Être rouge ce soir, blanc demain, ma foi, non.

Je veux, quand on m’a lu, qu’on puisse me relire.
Si deux noms, par hasard, s’embrouillent sur ma lyre,
Ce ne sera jamais que Ninette ou Ninon.

Poésie du 1er décembre

Publié 1 décembre 2016 par Sharon et Nunzi

Aube
J’ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombre ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq. A la grand’ville elle fuyait parmi les   clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.

Arthur Rimbaud

Non, je n’écrirai pas.

Publié 17 novembre 2016 par Sharon et Nunzi

Non, je n’écrirai pas.
N’insistez pas, c’est inutile.
Vous n’aurez pas droit au texte facile,
qui vous raconte,
en utilisant des procédés connus
propres à exagérer les faits
une histoire triste
qui vous émouvra à coup sûr.
Non, je n’écrirai pas sur l’actualité,
je ne suis pas journaliste,
je ne peux vous livrer une enquête de fond,
juste mon ressenti, à peine le fond de ma pensée, et un peu mon passé.
J’avais fait une faute de frappe, alors j’ai un peu bidouillé la phrase ci-dessus.
Oui, j’écrirai peut-être pour m’engager pour une cause
si ce n’est que les mots, c’est bien, les actes, c’est mieux.
« Je veux les mêmes droits que toi » écrivait un chanteur-poète.
« Est-ce que les gens naissent égaux en droit » écrivait un autre.
Le droit de vivre libre et sans peur, le droit de s’aimer
le droit de parler ou de se taire.
Le droit de clore le texte ici
parce que dire plus serait bavardage.