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Les élections à Sacaille

Publié 28 juin 2021 par Sharon et Nunzi

Eh oui, il faut en parler. A Sacaille aussi, les élections eurent lieu. A Sacaille aussi, l’abstention régna. Monsieur le Maire était tout sauf de bonne humeur.
– Vous savez, monsieur le Maire, dit Jean-Robert, son adjoint, vous n’êtes pas obligé de rester toute la journée au bureau de vote.
– Si, si, j’y tiens.
– Par contre, dit Jean-Robert avec toute la délicatesse et la douceur dont il était capable, et il était capable de beaucoup, je ne suis pas sûr que tricoter une écharpe pendant l’élection soit vraiment adéquat.
– Pourquoi ? A part vous et moi, vous voyez quelqu’un dans ce bureau de vote ? Et Bertille, bien sûr.
Celle-ci, adjointe au maire préposée aux espaces verts, souffla : « cela ne me dérange pas. »
– Et bien voilà ! Quand quelqu’un daignera interrompre son dimanche pour venir voter, je poserai mon tricot. Pas avant. Vous, je ne sais pas, mais moi, je commence sérieusement à m’ennuyer.
Enfin, quelqu’un se présenta. Quelqu’un qui portait un costume cravate. Quelqu’un qui n’était autre que Chris, le compagnon du maire. Il prit l’enveloppe, l’ensemble des bulletins, et s’isola dans le magnifique isoloir en bois qui datait de…. En fait, on ne savait pas trop, même les grands-parents de Jean-Robert l’avaient connu, c’est dire. Il en ressortit, déposa son bulletin dans l’urne avec toute l’ostentation dont il était capable.
– Puis-je rappeler à monsieur le Maire que mon père, c’est à dire son beau-père vient d’arriver ? Alors, monsieur le Maire, j’espère que vous avez prévu quelqu’un pour vous remplacer pendant, allez, une heure ce serait déjà pas mal. Bonne nouvelle, vous pourrez manger vos lentilles corail et votre steak au soja sans problème. Au revoir ! dit-il en saluant tout le monde de la main.
Murmurer ne servait pas à grand chose. Jean-Robert demanda donc si c’était la présence de son beau-père qui causait la défection de Loïc.
– Pas du tout. C’est à cause des frites.
Chris et Loïc, c’est certes une grande histoire d’amour, mais c’est aussi une grande histoire de différents alimentaires. Loïc ne jure que par le bio, les légumes, les graines, Chris ne jure que par le gras et le sucré.
– Il a voulu faire des frites pour la venue de son père, je lui ai dit que c’était impossible. Nous nous sommes disputés. Du coup, il a branché la friteuse dans la dépendance (oui, la maison du maire possédait une petite dépendance) et a fait cuire les frites dans le jardin : il avait posé la friteuse sur la table de jardin qui ne sert jamais mais qui a servi pour l’occasion. Il a donc petit-déjeuné avec des frites et a l’intention de remettre cela ce midi avec son père.
Jean-Robert murmura qu’il avait du mal à imaginer le sinistre (- Pardon, Loïc, c’est votre beau-père. – Pas grave, il est vraiment sinistre) libraire en train de manger des frites.
– Apparemment, c’est une tradition familiale. Le dimanche, on se lâche sur la nourriture. Bilan : Chris se lâche tout le temps.