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Les plumes chez Emilie – voile

Publié 6 juin 2020 par Sharon et Nunzi


Les mots à utiliser étaient anniversaire, mer, secret, marine, pudeur, cacher, bosco, perroquet, mystère, vapeur, marié(e), brouillard, bleu, bâcher.

– Qui a eu une idée pareille ? QUI ?
Personne ne répondit, puisque la question n’attendait pas réellement de réponse. Pourtant, Paul s’y risqua.
– Joseph avait besoin de se mettre au vert.
Percy grogna.
– Que Joseph ait besoin de se mettre au vert, soit. Fallait-il pour autant qu’il loue une péniche, et qu’on l’accompagne ?
Percy, Paul, Arthur et Joseph – quatre éminents membres du club des chasseurs de fantômes, 250 ans à eux quatre. Non, ils ne chassaient pas le fantôme, là, ils accompagnaient plutôt leur ami Joseph, en convalescence après de gros soucis personnels. Jeune marié (enfin… depuis cinq ans déjà), son union battait de l’aile et il avait eu besoin de faire le point sur sa vie personnelle. Au départ, il avait pensé loué un bateau et partir en mer – cadeau d’anniversaire fait à lui-même avant l’heure. Puis, il avait renoncé – ce n’était pas un secret, cela ne servait à rien de le cacher, il n’avait pas vraiment le pied marin, puis, le seul qui avait été dans la marine, c’était Arthur,beau-frère de Percy. Pour les autres, un bosco, un quartier-maître, c’était la même chose. Alors distinguer un capitaine de frégate d’un capitaine de vaisseau, ou  un instrument de navigation d’un autre, on oublie !

– Une péniche, c’est sympa, reprit Paul, éternel optimiste depuis 1968.

– Ouais, c’est sympa, grommela Percy. Ce serait encore plus sympa si elle naviguait au lieu de rester à quai.

Joseph était un bleu en matière de navigation. Aussi, il avait bien loué une péniche, mais… à quai. Comme un vaste logement avec vue sur le fleuve. Le premier soir, répugnant à user du confort moderne, Joseph avait tenu à bâcher la chaloupe et à dormir dedans. Ne recouvrons pas d’un voile de pudeur ce qui s’était passé : Joseph était rentré dans sa chambre à trois heures du matin, en éternuant abominablement. Non, il n’avait pas réveillé tout le monde, inutile de le cacher : Percy et Arthur ne dormaient ni l’un ni l’autre, s’attendant à plus ou moins brève échéance à entendre Joseph rentrer. Arthur était cependant le plus chanceux, aux yeux de Percy : il ne s’était engagé que pour deux jours.

– J’en viens à souhaiter être appelé pour une affaire urgente. Oui, je sais, cela fait quatre fois que je le dis, je commence à ressembler à un perroquet.

Le soleil s’était enfin levé – ou plutôt non : le brouillard enveloppait la péniche.

– Pas très grave, avait dit Arthur, nous n’avons pas l’intention de bouger.

– Moi si !! répondit Percy, j’ai bien l’intention d’aller me promener. Si je reste une journée de plus à tourner en rond dans cette péniche, au mieux de la vapeur va me sortir des oreilles, au pire, je vais cracher du feu, et cela fera désordre. Le brouillard va bien finir par se lever,  non ?

Ce qui devait arriver arriva. Non, Percy ne se transforma pas en dragon écossais. S’étant fourvoyé sur une belle route de Normandie, un cycliste pédalant un peu trop vite dérapa majestueusement et atterrit sur le pont. Personne ne comprit, lui encore moins, comment cela avait été possible : le mystère était entier.