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Carnets du grand écrivain – 42

Publié 9 octobre 2019 par Sharon et Nunzi

– Se pencher sur le passé, c’est épuisant, dit Alexandre Lebrun.
Je vous épargne les réponses de Percy. Disons, un grognement toutes les trois phrases. Parfois, Alexandre se demandait même si ce n’était pas Winston qui répondait à la place de son maître.
– Géraud de Santeuil balaie en quelques lignes la famille de Marie Liénart : « Les Larmantin avaient quatre filles, Marie, Rose, Claire et Justine. L’aînée fut mariée à Georges Liénart, riche propriétaire terrien, ses deux soeurs cadettes firent elles aussi de belles unions, Justine mourut jeune ».
– Il ne cède pas à la tentation des ragots pour une fois, c’est positif, interrompit le fantômatique Charles-Marie Liénart.
Alexandre ne se faisait jamais à ses apparitions intempestives.
– Selon la rumeur, Justine a été accusée d’avoir été substituée à ma mère, pour éviter qu’à son décès – au décès de ma mère, donc – je ne fus placé. Justine aurait également été assassinée en plein champs – elle est morte dans son lit, après quatre années de maladie. Elle avait des rémissions, parfois. C’est là que nous allions nous promener dans les champs, avec Françoise, notre gouvernante.
Charles-Marie se mit à chantonner, d’une voix claire et limpide :
Le seigneur de Radicatel
n’aime son château ni son donjon
Le seigneur de Radicatel
cherche son double en tout lieu
Le seigneur de Radicatel
n’a que faire des gens ni des gueux
Le seigneur de Radicatel
fut heureux si on l’en croit
En ce château, seul et gelé.

– Cela ne veut rien dire !
– Ce n’est pas moi qui l’ai écrit. Cependant, cela me donne une indication importante sur l’endroit qu’il faut chercher !

– Onze kilomètres et demi.
– Oui, mais la description correspond. Des maisons de maître, d’immenses corps de ferme, on peut en trouver beaucoup. Des demeures avec une tour nommé le donjon, y compris sur les plans cadastraux, ce n’est pas si fréquent. Il ne nous reste plus qu’à trouver les propriétaires successifs de ce domaine, si tant est qu’il n’est pas resté dans une seule et même famille.
– Ceci ne nous explique pas comment il a pu avoir l’idée de faire construire des fermes identiques, et aussi loin de chez lui.
– Dix kilomètres, de nos jours, ce n’est rien, et à l’époque, ce n’était pas tant que cela, il ne faut pas non plus exagérer. Je me souviens qu’en 1968, à Calledent, commune distante de quinze kilomètres au Sud de notre bourg, l’une des plus grandes fermes du village a été rachetés par des agriculteurs venus tout droit du Nord-Pas-de-Calais. Comment ont-ils eu l’information, pourquoi sont-ils venus jusque là, je l’ai peut-être su, j’ai complètement oublié. Ce que je sais, par contre, c’est qu’un de leur champ fut très utile pour l’atterrissage et le décollage d’avion qui se devaient de passer inaperçu.

Il ne fallut pas tant de temps que cela pour retrouver le nom des propriétaires de cette demeure, de les relier à la ferme de l’Est, à la ferme de l’Ouest – un peu plus, et l’on se croirait dans le Magicien d’Oz. Il signait bien Radicatel. Charles Morin de Radicatel. Le nom fit tiqué le docteur Liénart.
– Morin. J’ai connu un Clément Morin. Il était l’un des cinq participants lors de l’accident de chasse qui a tout déclenché.