Carnet du grand écrivain – 40

Publié 14 septembre 2019 par Sharon et Nunzi

Avant d’écrire, parfois, il faut lire, ou se documenter. Attention ! Il ne s’agissait pas de plagier le livre de Géraud de Santeuil. Il s’agissait de se rendre compte de ce qu’était la ville en 1924, au moment où Emma venait au monde dans une famille unie et ordinaire.

– Votre avis sur le livre ?
– Précis, pointu, rempli de sources toutes scrupuleusement indiquées. C’est un bon travail d’historien. Mais qu’est-ce que c’est ardu ! Et orienté, quand même. Le livre semble tout entier à la louange de Charles-Marie Liénart, sauf qu’il donne quelques piques tout de même. Par exemple, il explique que le docteur avait une liaison avec sa gouvernante, et qu’il a eu une fille avec elle.
Percy grogna. Jamais bon signe.
– Tout le monde était au courant, ou faisait semblant de ne pas savoir, au choix. Le livre mentionne-t-il son nom ?
– Non.
– Quel dommage ! Vous connaissez mon vétérinaire ? Charles-Antoine de Nanterry ? Et bien, c’est sa grand-mère.
– ???
– Donc, Géraud de Santeuil il est bien gentil avec ces précisions, grognait toujours Percy mais il en a trop dit ou pas assez. Géraud ne parlerait jamais d’Emma, il parle à peine d’Eugénie Lemasson, parce que toute personne non noble n’est pas vraiment digne de son intérêt. Sinon, vous avez trouvé d’autres informations ?
– Oui, et non. réponse de normand pour une histoire qui se passe en Normandie. Les Flandrin, les Liénart n’étaient pas les seuls notables, non, mais le notaire a fait une fixation sur la famille Liénart après que celle-ci se soit implantée dans le même quartier que lui. Il aurait aimé que Marie Liénart reste bien tranquillement dans sa ferme, il lui aurait même proposé de racheter sa maison, après avoir quelque temps considéré que son désir de s’implanter en ville ne durerait pas.
– Marie Liénart a quitté son domaine après la mort de son mari, lors de la guerre de 70, pensant que si la ferme n’avait pas été si isolée, ni lui ni Georges Lemasson n’aurait été tués par les allemands. Le livre précise-t-il au moins que Marie Liénart était très laide et ne s’en cachait pas ? Vous allez me dire, la laideur se dissimule difficilement, si ce n’est que Marie Liénart avait perdu ses cheveux très jeunes, et même avec un châle ou une « pointe » comme on disait, et bien cela ne dissimulait pas vraiment un crâne orné de rares cheveux. Marie Liénart était une femme très ordinaire, une jeune fille dont le mariage devait unir des terres à d’autres terres, ses parents lui avaient donné à elle et ses deux soeurs une belle dot. Sa plus jeune soeur était morte de tuberculose au sortir de l’adolescence, et Marie venait de mettre au monde son troisième enfant, Charles-Marie donc, quand ce décès est survenu.
– Percy ?
– Hum ?
– Vous qui en savez tant, vous êtes sûr que vous ne voulez pas co-écrire ce livre avec moi ?
– Ce que je sais ne suffit pas à résoudre notre problème. Parce que je ne sais strictement rien sur la famille de Georges Liénart – Marie est une étrangère, quasiment, dans cette ville, comme le sera sa belle-fille plus tard. On continue à pédaler dans la choucroute. Parce que, corrigez-moi si je me trompe, il ne dit pas un mot de ce seigneur de Radicatel qui aurait fait construire les deux fermes.
– Et bien, non.
– Je l’aurai parié !

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2 commentaires sur “Carnet du grand écrivain – 40

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