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Et la correction du brevet au pensionnat des louveteaux, cela se passe comment ?

Publié 4 juillet 2019 par Sharon et Nunzi

Je suis certaine que vous avez très envie de le savoir, alors commençons…

Le pensionnat était aujourd’hui centre de correction pour le brevet des collèges des louveteaux (DNBL). Voici le déroulement de la journée.

8 h 35 : les correcteurs arrivent. Parce que cela ne sert à rien d’arriver à l’heure, les copies ne vont pas s’envoler.

8 h 40 : il manque tout de même des correcteurs. Monsieur de Nanterry est tout sauf jouasse.

9 h 00 : « non, mais je vous assure, c’est très mal indiqué. j’ai eu beau rentrer les coordonnés dans le GPS, je me suis encore perdu. Pour la quatrième année consécutive, je sais, c’est ballot. Non, mais mon petit dernier a fait une mauvaise nuit. Oui, comme il y a deux ans mais ce n’est pas le même petit dernier, précise monsieur Praidici, professeur de mathématiques.

9 h 10 : les copies ont bien été distribuées, les harmonisateurs ont harmonisé et les soucis ont commencé, ou presque.

En effet, ce sont présentées madame Anne Degrange-Brûlé et madame Anne Degrange-Brûlé. Oui, le nom est marrant. par contre, ce qui n’est pas marrant, c’est qu’elles enseignent la même discipline et qu’ayant le même nom, on ne savait pas quel paquet était pour l’un, lequel était pour l’autre.

    • – Il faut faire un test ADN, dit le CPE.

– Vous avez franchement des idées formidables, lui répondit le principal.

Pour la petite histoire, Anne Degrange était mariée au frère d’Anne Brûlé – et vice-versa. Les deux couples avaient choisi d’accoler leurs deux noms dans le même ordre. Vous avez dit « pagaille » ? Non, absolument pas. Vous n’avez pas vu les sœurs Bigonnier ! Louise-Marie et Marie-Aude – des jumelles qui enseignent la même matière et qui ont tenu à enseigner la même matière.
– Tu as madame Bigonnier ou madame Bigonnier ?
– Moi j’ai la brune aux cheveux courts.
– Moi aussi !
– Mais la mienne, elle a une petite fille blonde.
– La mienne aussi !

10 h : on commence déjà à fermer les volets, sauf ceux qui ont squatté les salles qui donnent sur la forêt.

11 h : les professeurs de français craquent. Micro-réunion dans le couloir, ils soignent leur déprime à grands coups de gâteaux au chocolat confectionnés par Benjamin, le conjoint de monsieur de Nanterry. Chacun sait que les professeurs de français sont fragiles.

11 h 10 : les professeurs de mathématiques aussi sont fragiles. Ils organisent une petite course dans les couloirs, le temps que la seconde fournée de gâteaux cuise.

12 h 00 : un menu gastronomique attend les joyeux correcteurs à la cantine. Il paraît que c’est nécessaire pour garder le rythme de la correction. Seul l’harmonisateur de français râle. Il veut partir le plus vite possible.

12 h 10 : le menu plaît beaucoup, sauf à l’harmonisateur de français. Celui de sciences-physiques loue le choix de la diversité, le bio, et le véganisme, du jamais vu dans un pensionnat de louveteaux. Ah, oui, je ne vous ai pas dit, mais les professeurs correcteurs sont presque tous des non garous.
– On ne le sait pas, mais les lycanthropes ont l’estomac fragile. Il est donc nécessaire d’adopter une alimentation saine. (Le sous-entendu, c’est adopter une alimentation saine pour toutes les fois où les loups vont bouffer absolument n’importe quoi et se rendre archi-super-malades en moins de temps qu’il ne m’en faut pour l’écrire).

13 h 00 : l’harmonisateur de français râle encore. Allez, il faut accélérer le mouvement, il ne va pas rester toute la journée !

14 h 00 : l’harmonisateur a malencontreusement disparu. Les correcteurs ouvrent la fenêtre, pour espérer faire rentrer un peu d’air frais.

15 h 00 : même en étant consciencieux et souvent servis en café, les correcteurs se disent qu’ils ne voient pas le bout de leurs paquets de copies. Surtout que certains parlent de grève des correcteurs dans d’autres établissements. Or, les copies, elles ne vont pas se corriger toutes seules !

16 h 00 : allez, courage, plus que les dictées ! Monsieur de Nanterry en profite pour rappeler que des postes seront à pourvoir à la rentrée au pensionnat des louveteaux – ou plutôt, la cité scolaire des louveteaux, maintenant qu’un lycée a été ouvert, à la plus grande joie des louveteaux.
– La prochaine fois que Sarah me compare à une poupée, à cause de mes tenues, dit madame Cobert à madame Degrange-Brûlé je ne sais pas ce que je lui fais.
– Prive-la de théâtre pendant un mois, c’est une punition largement suffisante.

16 h 30 : c’est la ligne d’arrivée ! Ou presque. En tout cas, les professeurs d’éducation physique et sportive ont entrepris de reprendre leur entraînement en vue du cross inter-pensionnat. Il est hors de question de finir avant-dernier cette fois-ci, sous prétexte de mollet flageolant et de motivation molle.

16 h 44 : madame Cobert a officiellement fini la correction de son paquet de copies. Soutenue par deux collègues (l’un dicte, l’autre vérifie la paperasse), elle rentre ses notes.

17 h 01 : un cri se fait entendre. Bizarre, bizarre, surtout que la voix n’est pas vraiment connue.

17 h 07 : madame Cobert est officiellement en vacances. Les cris continuent.

17 h 12 : l’origine des cris est identifiée. Tiens ! On a retrouvé l’harmonisateur de français. Ligoté à un arbre, un cèdre du Liban pour être précis, à la hauteur de la troisième branche.
– Ce n’est pas un loup qui a fait ça, constata monsieur Trukensky.
– Effectivement non, mais c’est un très bon grimpeur qui a éxécuté la manoeuvre.
– Deux, plutôt. Même si ce professeur est épais comme une crevette anémique, il est difficile d’imaginer qu’une personne seule a pu le porter et le ligoter ainsi.
– Votre oncle, peut-être ?
– Si l’alpha de la meute du Nord était là, nous le saurions tous. La discrétion n’est pas son fort.

17 h 20 : l’expédition de secours destinée à faire descendre de la manière la plus délicate possible monsieur Boulet (c’est son nom, cela ne s’invente toujours pas) est prête à agir. Monsieur Trukensky se dit, d’ailleurs, que cela lui paraît une très bonne idée de le laisser mariner un peu. Aorès tout, il n’a pas un train à prendre.
– Lui non, dit monsieur César, mais moi oui. J’espère qu’il ne postulera pas pour la prochaine rentrée, j’aime bien l’escalade, pour me détendre. Là, j’ai l’impression de faire des heures supplémentaires.
Bonne nouvelle : monsieur Galet s’est évanoui, ainsi les sauveteurs ont plus de marges de manœuvre. Mauvaise nouvelle : c’est peut-être signe de la dégradation de son état de santé. Alors que madame Cobert regagnait son domicile et constatait que les gâteaux au chocolat supportaient mal la chaleur, monsieur Boulet était transporté à l’infirmerie du pensionnat « toujours pleine, quelle que soit la saison », constata madame Maxine, infirmière en chef unique en son genre.

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