Guillaume Berthier ne se laissera pas faire – V

Publié 17 avril 2019 par Sharon et Nunzi

– Et maintenant, vous faites quoi, lieutenant Daguerre ? Vous coincez ce Massart, lui demander poliment s’il m’a tiré dessus, et pour quelles raisons ?
Camille Daguerre se taisait. Non, franchement non, il ne pouvait pas… Par contre, la mère de Guillaume pourrait peut-être.
– Daguerre, vous voulez que ma mère pose des questions à quelqu’un que vous soupçonnez de tentatives de meurtres ?
– Z’avez raison, c’est absurde.

Sauf que le hasard faisait parfois bien les choses. Guillaume était allé chercher Victoria à l’école et était tombé sur Thomas Massart, qui lui venait chercher sa femme. « L’intuition fait le lit des erreurs judiciaires » avait coutume de dire le mentor de Guillaume, et il avait repris la phrase à son compte. Seulement, il n’avait aucune explication rationnelle à ce qu’il vit. Le visage de Thomas Massart se décomposa littéralement. Et quoi ? Guillaume avait le bras en écharpe, cela ne l’empêcherait pas de tenir la main de sa fille pour rentrer à pied chez eux ! Oui, Victoria était encore à un âge où être vue en compagnie de son père ne lui posait pas de problèmes.
Mots bredouillés puis échange de banalité jusqu’à ce que Massart pose LA question fatidique.
– Je me suis fait tirer dessus. Les risques du métier.
– Votre fille ?
Quoi, ma fille? pensa Guillaume. Mentir à ma fille ne me vient pas à l’esprit, désolé, fut-il tenter de dire.
– Elle n’est pas encore sortie ! fit-il comme s’il était réellement étonné de cette remarque. Puis, elle sait. Mon travail, vu mon grade, est plutôt un travail de bureau. Je vais rarement sur le terrain. J’étais simplement en train de me promener. il faut croire qu’il est des rancunes tenaces.
La cloche retentit. Au milieu de la foule de gamins, Victoria sortit et prit la main de son père – monsieur Massart, lui, prit la main de Julia. Guillaume s’apprêtait à partir quand il entendit :
– J’ai bien connu Mathilde.
Guillaume se retourna, attendit.
– J’ai fait le rapprochement à la kermesse. J’ai bien connu Mathilde. Je vous parlerai d’elle, un jour, si vous voulez.

Le lieutenant Daguerre était fumasse. Si, si, fumasse. Encore une piste qui se refermait, mais une autre s’ouvrait pour le meurtre de Mathilde.
– Je comprends Constance. On n’a pas envie de salir la mémoire de son frère ou de sa soeur. La vérité, c’est que mon frère se droguait, Mathilde se contentait de fumer…
Il regarda Guillaume. Celui-ci fit un geste pour dire que cela n’avait aucune importance. Elle était morte, elle n’allait pas être condamnée à titre posthume.
– Il est dur d’admettre que mon frère est tombé par la fenêtre parce qu’il était trop déchiré pour se rendre compte de ce qu’il faisait. J’ai accusé un temps Mathilde, parce que c’est tellement plus facile quand on a quelqu’un à détester. Du coup, quand elle a été assassinée, cela a été plus dur : je n’avais plus personne à haïr.
Vous êtes très différent de mon frère, reprit-il. Je me demande ce que Mathilde a pu vous trouver.
– Besoin de changer radicalement.
– Je l’ai vu, le jour de sa mort. Elle n’était pas ravie de me voir, je lui parlais toujours de Julien, forcément. Ce jour-là, nous n’avons même pas échangé un mot, elle était très pressée de rentrer chez elle. Elle était avec Pascal, un autre membre de leur joyeuse colonie d’artiste.

Personne n’avait interrogé ce Pascal, qui se faisait appeler Angledur, son nom d’artiste. Vous avez dit : « petit oubli au cours de l’enquête ? »

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