Guillaume IV

Publié 6 avril 2019 par Sharon et Nunzi

Franchement parfois, on se dit que dans une enquête, on merdoie. C’est ce que se disait Camille Daguerre, et il avait eu vite fait de retrouver les détails sur la mort de ce Julien Massart. Ancien élève des beaux-arts, comme Mathilde. L’affaire avait été classée très vite, le suicide ne faisait aucun doute. Certes, il n’avait pas laissé de lettres, cependant les témoins étaient formels – et Daguerre très étonné de ne pas trouver le témoignage de Mathilde Courseau.
Julien Massart avait deux frères – toujours utile, les faire-part de décès – et un père. Oui, je sais ce que vous allez me dire, c’est terriblement logique d’écrire ainsi, si ce n’est que sa mère était déjà décédée, et qu’il était enterré auprès d’elle.
Comment allez interroger ses frères, maintenant ?
Et pourquoi, lors de l’enquête sur la mort de Mathilde Courseau, cette histoire n’était-elle pas ressortie ?

Daguerre avait dit abruptement à Guillaume Berthier :
– Le nom de Massart vous dit-il quelque chose ?
– Oui.
– ?????
– Céline Massart, c’est le nom de la professeur des écoles de CE2 de Victoria.
– Vous avez mené une enquête sur elle ?
– Mais oui, bien sûr lieutenant, j’ai toujours enquêté sur les profs de mes filles. Vous me prenez pour qui Daguerre ?
– Euh, désolée.
– Il n’y a pas de quoi. Vous avez une mère, Daguerre ?
– Oui. C’est quoi, cette question ?
– Moi aussi. Marina Berthier, institutrice à la retraite. Et vous savez de quoi parle une institutrice à la retraite à une professeure des écoles en activité ? Oui, du métier d’institutrice ! C’est comme ça que je sais que Céline Massart est mariée – ma mère s’est bien gardée de lui dire qu’elle ne l’a jamais été – qu’elle a deux enfants, de quatre et deux ans, prénommé Julia et Théodore.
Daguerre sursauta. Oui, il pouvait s’agir d’une simple coïncidence, mais…
– Ma mère va chercher Victoria tous les soirs, parce qu’elle est à la retraite, parce que cela évite à Alice de se déplacer le soir, parce que cela la laisse active, parce qu’elle a la chance d’être trois fois grand-mère, etc, etc… Quand ma mère et ses soeurs ont quitté l’Ukraine, elles étaient très jeunes, et ma mère a cru que jamais elle n’aurait une vie normale. Sa vie a, m’a-t-elle dit, dépassé toutes ses espérances.
– Et votre mère connaître-t-elle le mari de cette charmante prof ?
– Elle sait qu’il exerce une profession barbante, j’en déduis donc qu’il travaille dans une banque. Pardon pour les banquiers, mais ma mère a toujours trouvé cela barbant, le métier qu’elle n’aurait jamais voulu faire – et que mon cousin Boris a longtemps exercé, c’est vous dire le fossé entre ma mère et sa soeur aînée.

Etape suivante, la mère de Guillaume Berthier qui, comme son fils, avait une mémoire épatante.
– Il était à la kermesse. Mais si Guillaume, il y était. Tu ne l’as sans doute pas vu, tu ne lui as pas parlé – Guillaume peut être frappé de mutisme de manière incompréhensible, mais je peux te dire qu’il était là avec son fils et son frère. Lieutenant Daguerre, un problème avec le fauteuil que vous vous agitiez ainsi ? Ou alors, c’est mon café qui est trop fort ?
Le lieutenant la rassura, il était simplement dans son état normal.
– Céline a tenu à nous présenter parce que son beau-frère prépare une thèse sur la Russie tsariste. Je me contrefous de la Russie tsariste, je suis ukrainienne de naissance. J’ai écouté poliment, je crois que j’ai été aussi muette que Guillaume, c’est dire. Puis Juliette est arrivée et m’a sauvée de cette galère. Mathieu Massart – le beau-frère de Céline donc- enfile les clichés comme d’autres des perles. Il m’a dit que Juliette me ressemblait beaucoup, et que Victoria était le portrait de sa maman. Juliette n’a rien dit, forcément, Victoria, par contre, a dit qu’Alice n’était pas sa mère, mais sa belle-mère. Ce cher Mathieu ne savait pas où se mettre. Je crois que c’est le prénom qui veut cela, tous les Mathieu que j’ai connus étaient d’immenses gaffeurs. Et comme si la journée n’était déjà pas assez compliquée comme cela, qu’est-ce qui pointe le bout de son nez, Mathieu Delaporte !
– Hum ?
– Ancien coéquipier de Guillaume, qui l’a généreusement cocufié.
– La tête qu’il faisait ! Non, parce que son fils est dans la même école que les filles de Guillaume. Comme le temps passe !
– Je crois, ajouta Guillaume, que tous les policiers ou presque ont mis leurs enfants dans une école privée, alors…
– Bref, nous avions vraiment gagné notre journée.

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