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Carnets du grand écrivain – parenthèses Alexandre Delasier

Publié 9 novembre 2018 par Sharon et Nunzi

Ecrit en présence de Mirabelle

J’en ai connu des fous, des allumés, mais alors là, je crois que l’on a tenu le pompon.
Je me présente : Alexandre Delasier, propriétaire terrien, qui a toujours cherché à étendre ses territoires, au grand dam de madame Delasier, qui ne supportait pas la vie à la campagne.
J’ai acheté deux fermes, très éloignées l’une de l’autre, deux fermes qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau au point que j’en ai ri, et que madame s’est signée, y voyant une oeuvre pas catholique.
– C’est une ferme, ma mie, n’y voyez rien de mal.
– Tout de même, qui a pu construire deux fermes parfaitement identiques, jumelles, même ?
Je pensais que les deux anciens propriétaires, que je ne connaitrais jamais, avaient fait appel aux mêmes personnes pour construire leur demeure. Je ne me trompai pas. J’ignorai simplement pourquoi, et je le découvrirai bien assez tôt.
J’entendais à l’époque rivaliser avec les vastes fermes. L’une était même la propriété du maire de la commune, qui voulait s’en défaire. Puisqu’un médecin possédait une ferme, pourquoi pas moi ?
Charles-Marie Liénart. Je ne l’ai rencontré que lorsque je suis tombé malade.
– Pas de vin, pas de tabac, du repos.
– Seriez-vous le président de la ligue de la moralité ?
– Non, je suis celui qui essaie de vous garder en vie le plus longtemps possible.
Force est de constater que je n’ai pas complètement suivi ses conseils, j’ai diminué ma consommation seulement, ce qui m’a peut-être fait gagner quelques années, qui sait ? Ce voyage chez mon neveu m’a épuisé. J’ai demandé à me reposer un peu avant le repas, et je ne me suis jamais relevé/réveillé.
Je me doute que les détails de ma morts ne vous intéressent guère, puisque je suis mort paisiblement, dans mon sommeil. Ma femme n’a eu de cesse de vendre mes biens, et de permettre à nos enfants de se bien établir – ce fut plutôt réussi, j’en conviens, et j’ai oublié, un temps, les Liénart et tous les notables de cette charmante bourgade.
Les Gambelins ? Oui, un homme fort travailleur, dur à la tache et à la peine. Je suis content qu’il ait acheté la ferme de l’Ouest. Celle de l’Est, par contre, je m’y suis moins intéressé, puisque je l’ai très vite revendue. Je ne m’y sentais pas bien, c’était difficile à comprendre, et ma femme ne le dit pas, elle était cependant ravie de me voir avec cette verrue en moins. Oui, c’est ainsi qu’en son fort intérieur, elle qualifiait cet autre ferme, comme si elle avait été un double maléfique de la première. Curieux, non, absurde ?
Je me suis renseigné, oui, finalement, j’étais curieux. Un caprice. Oui, oui, un caprice d’un châtelain qui, n’aimant pas être dépaysé en visitant ces fermages, les avaient fait construire tous sur le même modèle. Incroyable, non ?
Son nom ? Je ne me souviens pas de tout, non. Vous savez, c’était un nom à rallonge, un peu comme le gendre du docteur Liénart qui se nommait Antoine Nanterry de Saint-Fargeau de Chenoncelle. D’ailleurs, son nom rimait avec celui du gendre. Ah, voilà, c’est ça : Radicatel. Drôle de nom, non ?
Oui, je suis sûr de moi, ce n’était pas Carduel, il ne faut pas exagérer. Vous avez une dent contre eux ? Ah, pardon, excusez-moi, je n’avais pas fait attention que vous étiez un Carduel. Oui, effectivement, vous vous seriez amusé à faire construire des fermes à droite, à gauche, je pense que vous vous en seriez aperçu.
Charles de Carduel confirma : tenir des registres précis des acquisitions et constructions avait été sa passion sa vie durante. Si jamais des membres de sa famille avait eu l’idée saugrenu d’acheter des terres en Normandie, même en souvenir d’un très lointain cousinage, il le saurait.