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Soucis au Tas de Pierre – 6

Publié 5 novembre 2018 par Sharon et Nunzi

Percy avait été convié à assister à la représentation de Mystère et céréales au chocolat, donnée sur la place de la ville voisine. Tout un programme.
– Franchement, lui avait confié le malheureux instrumentiste après avoir bichonné, chouchouté et mis au repos son trombone, qui a pu avoir l’idée de me subtiliser Bouboune (petit nom du trombone en question), de parcourir une dizaine de kilomètres et de le jeter dans des douves ? Je ne savais même pas que cela existait encore, des douves ! C’est pour le folklore ?
– Non, grinça Percy, c’est pour l’histoire, elles sont là depuis la construction du château.
– Ah ! répondit Stéphane, qui se rendit compte un peu tard qu’il avait fait une boulette. Non, mais elles sont très jolies, vos douves.

En tout cas, Percy, le grand écrivain et le jeune écrivain prirent place dans les tribunes – l’avantage d’être un écrivain, même connu, c’est de pouvoir se déplacer partout sans attirer l’attention des paparazzis. Enfin, c’est ce qu’ils croyaient. Non, parce qu’après le spectacle, dans lequel Stéphane chanta à défaut de jouer, le photographe de la troupe s’approcha et dit au grand écrivain :
– Vous ressemblez énormément à Alexandre Lebrun.
– Ravi de le savoir, commenta sobrement le grand écrivain.

Une fois rentrée au Tas de Pierre, devant un très bon repas qui avait mis aux oubliettes l’idée même de porridge (l’illustre écrivain était toujours étonné de voir que Percy savait cuisinier), le grand et le jeune écrivains avaient échangé au sujet de leur pratique d’écriture, échange qui s’était poursuivi dans leur chambre – Illustre avait déplacé son lit pliant de compétition dans la chambre du jeune écrivain, pour papoter plus à son aise.

– Qu’écrivez-vous, au juste, actuellement ?
– J’essaie de terminer un roman qui montre le malaise des jeunes vingtenaires de la société actuelle, leur incapacité à choisir à cause d’une hyper sollicitation dont ils sont les victimes. ils errent, de jour, de nuit, à la recherche de quoi ? Eux mêmes ne le savent pas.
– C’est bien joli tout ça, mais je ne connais aucun de ses jeunes. Non, non, ce n’est pas que je ne connais aucun jeune, c’est simplement que les amis de mon fils, et mon fils lui-même, sont hyper carré. Son beau-frère – le frère de ma belle-fille, donc, vient d’obtenir l’agrégation d’histoire, et il commence sa thèse à la rentrée, tout en enseignant dans un collège de campagne. Les cinq enfants de Percy ont une vie professionnelle stable, et si sa fille aînée écrit des romans érotiques, ce n’est pas au détriment de son métier au ministère de la marine. Sa nièce est clerc de notaire, connaissez-vous un métier plus rasoir ? Moi non. Pourtant, je n’ai pas l’impression qu’ils soient déconnectés des réalités de la vie !

Comme pour confirmer ce qu’il disait, les échos de la conversation que Percy menait avec sa seconde fille leur parvenait : elle préparait une manifestation pour le club d’ornithologie local. Tout un programme.