Archives

Tous les articles pour la journée du 1 septembre 2018

Carnet du grand écrivain – 17

Publié 1 septembre 2018 par Sharon et Nunzi

X Eléonor, concentre-toi.
– Je m’appelle Emma.
– Emma, j’adore me parler à moi-même, Eléonor est mon second prénom. Maintenant que je suis concentré, souvenez-vous. Nous sommes le 7 juin au matin. Que faites-vous ?
Charles veut lui demander pourquoi au matin, mais Hippo lui fait signe de se taire.
– Je suis seule. Monsieur Gambelin est parti s’occuper des vaches avec son garçon de ferme.
– Il n’avait pas été mobilisé ?
– Trop vieux. Ah ! Vous parlez de Guillaume. Il boite, il a une jambe plus courte que l’autre. J’avais repassé le linge, je le rangeai pour le retour de madame Gamelin – sa fille venait d’avoir son troisième enfant. Il fait beau, mais pas encore trop chaud. Midi approche. Je n’ai pas de repas à préparer puisque je suis seule. Je ne mange pas, je n’ai pas faim. La matinée passe doucement.
Soudain, j’entends une voiture dans la cour. Je sursaute : monsieur Gambelin est parti à pied ! Je regarde par la fenêtre de la chambre. Je vois une superbe voiture, bien plus belle que celle que je connais, bien plus belle que celle des Gambelin.
Emma se tait ensuite. Hippo attend, attend, attend…Il n’irait pas jusqu’à dire que c’est un plaisir d’attendre là, comme ça, dans une chambre du château de Carduel, mais presque. Il a l’éternité devant lui ! Comme le jour est déjà largement levé, il se décide à questionner Emma, il regarde même par la fenêtre. Tout est calme – sauf Charles, rendu un peu nerveux par le mutisme d’Emma. Celle-ci brise enfin le silence.
– Quelqu’un sort de la voiture.
– Quelqu’un ? Homme, femme ?
– Je ne sais pas, je ne vois qu’un long manteau noir, un chapeau, noir aussi, je me suis reculée.
– Un homme, donc.
– Je ne sais pas. Après tout, je ne sais plus si vous êtes un homme ou une femme, vous vous appelez Eléonor !
– Je suis ravi que vous soyez devenue combative, vous qui avez passé un demi-siècle prostrée dans une maison. Ce n’est pas parce que mes parents avaient des goûts un peu spéciaux en matière de prénom que vous devez vous questionner ainsi ! Et si vous voulez mon nom complet, je me nomme Hippolyte Eléonor Marie Philippe Antoine Joseph de Carduel. Soyez gentille de ne pas détourner la conversation, nous arrivons à un moment clef. Je sens que vous vous rappeler quelque chose d’important.
– A l’arrière de la voiture, il y avait une femme, elle portait une grande robe blanche, et rouge. Le rouge, c’était du sang. Son sang. Après je…
Et bien après, Emma s’est évanouie. Charles constata que c’était vraiment la première fois en cent cinquante ans qu’il voyait un fantôme dans les vapes.