Quand il fallait emmener le grand écrivain au salon du livre

Publié 8 avril 2018 par Sharon et Nunzi

Avant, emmener le grand écrivain à un salon du livre dans le but de lui faire rencontrer ses lecteurs et signer un maximum de livres, cela ressemblait à peu près à cela :
Je n’irai pas !
Phrase qu’il répéterait à chaque fois qu’un membre de sa maison d’édition lui adresserait la parole – non, parce qu’il avait, heureusement, d’autres sujets de conversation avec son fils.
Puisque je vous ai dit que je n’irai pas !
Variante de la phrase précédente.
On lui rappelait alors les termes de son contrat.
Je dois écrire des livres et faire leur promotion. Je ne suis ni Balzac, ni Zola, mais je les imagine mal en train de faire les clowns dans une émission télévisée !
On lui rappelait alors (bis) qu’un salon du livre était mieux que passer à la télévision. Puis, il rencontrerait des lecteurs, pas des journalistes qu’il abhorrait.
Le jour J arrivait, et là…. Si vous avez déjà tenté d’emmener un animal récalcitrant chez le vétérinaire, si vous avez déjà tenté de faire rentrer un chat dans un panier pour partir en vacances, vous aurez compris à quel point c’était difficile de le contraindre à venir. Point positif : le grand écrivain ne souffrait pas du mal des transports.
Après…. certaines exigences étaient des plus bénignes, comme celle de désirer du café sans sucre à volonté et de dédicacer les livres avec SON stylo bic bleu. Il fallait aussi lui reconnaître d’autres qualités : une fois que l’on avait réussi à l’installer sur le stand, il faisait son travail, ne cherchait pas des échappatoires. Il n’était pas comme certains auteurs plus occupés à papoter avec leurs voisins qu’à se rendre compte qu’en face d’eux se trouvait un lecteur en train d’attendre une dédicace, ou de ses auteurs au regard tellement fuyant qu’ils regardaient à droite, ils regardaient à gauche, mais ils omettaient de regarder devant eux, avant de se lever et de quitter le stand, au grand désespoir …. du libraire qui sentait quelques ventes lui échapper.
Par contre, il était nécessaire d’éviter de lui dire, le soir venu : « alors, cela ne s’est pas trop mal passé ? » sous peine de lui voir vous jeter un regard plus noir que le café qu’il avait absorbé toute la journée et sombrer dans le mutisme le plus profond. Certes, le silence, c’est bien, jusqu’à un certain point.
Ne lui demander pas non plus de se mêler aux autres écrivains. Se raconter des histoires d’écrivain, ce n’était pas « son truc ». D’autres le faisaient, pas forcément, très bien, il leur laissait ce privilège.

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