Poésie – 6 octobre 2016

Publié 6 octobre 2016 par Sharon et Nunzi

Les oies sauvages de Guy de Maupassant.

Tout est muet, l’oiseau ne jette plus ses cris.
La morne plaine est blanche au loin sous le ciel gris.
Seuls, les grands corbeaux noirs, qui vont cherchant leurs proies,
Fouillent du bec la neige et tachent sa pâleur.

Voilà qu’à l’horizon s’élève une clameur ;
Elle approche, elle vient, c’est la tribu des oies.
Ainsi qu’un trait lancé, toutes, le cou tendu,
Allant toujours plus vite, en leur vol éperdu,
Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.

Le guide qui conduit ces pèlerins des airs
Delà les océans, les bois et les déserts,
Comme pour exciter leur allure trop lente,
De moment en moment jette son cri perçant.

Comme un double ruban la caravane ondoie,
Bruit étrangement, et par le ciel déploie
Son grand triangle ailé qui va s’élargissant.

Mais leurs frères captifs répandus dans la plaine,
Engourdis par le froid, cheminent gravement.
Un enfant en haillons en sifflant les promène,
Comme de lourds vaisseaux balancés lentement.
Ils entendent le cri de la tribu qui passe,
Ils érigent leur tête ; et regardant s’enfuir
Les libres voyageurs au travers de l’espace,
Les captifs tout à coup se lèvent pour partir.
Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes,
Et, dressés sur leurs pieds, sentent confusément,
A cet appel errant se lever grandissantes
La liberté première au fond du coeur dormant,
La fièvre de l’espace et des tièdes rivages.
Dans les champs pleins de neige ils courent effarés,
Et jetant par le ciel des cris désespérés
Ils répondent longtemps à leurs frères sauvages.

« Les oies sauvages » a été publié en 1880 dans le recueil de poèmes de Maupassant intitulé « Des vers ».

Guy de Maupassant (1850-1893) est surtout connu pour l’écriture de ses contes, de ses romans et de ses nouvelles.

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11 commentaires sur “Poésie – 6 octobre 2016

  • Qu’est-ce qu’il est beau ce poème et la comparaison entre oies « sauvages », libres avec celles rivées au sol, prisonnières de l’homme est magnifique ! Quel talent ce Maupassant, on ne le dira jamais assez… Gros câlins ma Nunzi et des bises « spéciales » à Sharon pour aujourd’hui… 😦

  • Un thème intéressant que j’ai rencontré dans le poème de Jean Richepin chanté par Georges Brassens. (bien que le thème soit traité différemment et que le poète y introduit une autre idée!)

    Regardez les passer, eux
    Ce sont les sauvages
    Ils vont où leur désir
    Le veut par dessus monts

    Et bois, et mers, et vents
    Et loin des esclavages
    L’air qu’ils boivent
    Ferait éclater vos poumons

  • Un beau classique, merci de nous avoir permis de le relire.
    Des oies sauvages se sont posées un jour au Parc de la Tête d’Or et elles y restent !
    C’est vrai qu’elles ont plus de chance que les oies élevées pour leur foie délicieux d’ailleurs, je le préfère à celui du canard 😆
    Gros bisous et bon weekend

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