L’illustre écrivain au Tas de pierre – le retour.

Publié 22 avril 2015 par Sharon et Nunzi

Cela avait été une mission bien menée. Direction Le tas de Pierre ! A peine arrivé, Dempsey avait été pris en charge par son beau-frère (un militaire que l’on n’a envie de croiser ni en mission, ni hors mission) et ramener à Edimbourgh. Ce souci réglé, Percy McKellen avait préparé une grande collation, et demandé à l’illustre écrivain ce qu’il faisait là.

– Je reprendrai bien un peu de pudding, si cela ne vous dérange pas.
– Non, pas du tout, grogna Perceval.
– Vous devriez ouvrir une table d’hôte, commenta le grand écrivain.
– Les vampires mangent très peu, savez-vous ? En revanche, si vous souhaitez devenir généreux donateur…
– Sans façon !
– Pourquoi avez-vous claqué la porte de la maison d’édition ?
– Je ne l’ai pas « claquée » dit-il en mimant des guillemets, j’ai renégocié mon contrat, si bien que je ne suis plus tenu de leur apporter un roman tous les deux ans. Ils ont la priorité de mes manuscrits, ils continueront à me verser mes droits d’auteur, et c’est bien suffisant.
– Je tiens à vous remercier chaleureusement pour les commentaires sur mon « manoir pourri », reprit Perceval, grinçant.
– Justement, après toutes mes déclarations, ils ne viendront jamais me chercher ici ! précisa le grand écrivain en enfournant une nouvelle bouchée de pudding. Je n’ai pas menti quand j’ai dit que je n’avais plus d’inspiration. Je n’ai plus rien à dire, ni à raconter, par conséquent, je ne vais pas continuer à écrire. Si un nouveau sujet me donne envie de me colleter avec une feuille de papier et un stylo, je ne dis pas que je ne me lancerai pas. Pour l’instant, j’ai besoin de calme. Vous noterez cependant que j’ai fait la promotion de mon nouveau roman, pendant un mois. Cela a largement suffi à ma douleur. Et en plus, ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas mon meilleur roman.
– Je ne sais pas, je ne l’ai pas lu.
– Oui, je sais, vous ne lisez que des auteurs écossais, ou morts depuis au moins cent ans. Par contre, j’ai lu le second roman de votre fille Calpurnia, et je dois dire que depuis, ma vie me semble d’une abominable platitude. D’ailleurs, j’ai suggéré à mon éditeur qu’il l’envoie dans tous les salons du livre où je n’ai strictement aucune envie de me rendre puisque je laisse ainsi une place libre.
– Pourtant, d’après Gladys, vous avez énormément de succès.
– Oui, j’ai même chopé une tendinite il y a quinze jours – salon du livre de Paris, sept heures de dédicace le samedi, cinq le dimanche, la vue de mon stylo me donne des hauts le cœur. Puis, mon fils me fait la tête et menace de me faire un procès. Mon dernier livre raconte en effet la relation tortueuse entre un écrivain et son fils.
– Vous ne seriez pas le premier à avoir un procès !
– Oui, je sais ! Mais là, je suis tranquille : si l’écrivain est mon portrait en pire, j’ai imaginé un fils idéal, enfin… le fils que j’aurai rêvé d’avoir. Dans le livre, mon fils est batteur dans un groupe de rock indépendant. Il écrit ses propres textes, fait la tournée des festivals très confidentiels avec son groupe, ne veut surtout pas devenir fonctionnaire ou compter combien d’années il lui reste avant de finir le remboursement de sa voiture, de sa maison, ou de toucher enfin sa retraite. Vous l’aurez compris, mon fils est huissier de justice, il a avalé non pas un parapluie mais une collection complète de parapluie tant il est psycho-rigide. Il m’en veut pour à peu près tout, de mon divorce à ma vie « de bohème ».
– Pourtant….
– Je ne vis que pour l’écriture et ne sors quasiment pas de chez moi. Quand je n’écris pas, je rêve. Quand je ne rêve pas, je lis les journaux. Je n’ai pas la télé, internet me suffit, les infos en continue me donnent le tournis, je préfère le temps de la réflexion- et ce n’est pas aussi incompatible avec la rêverie. J’ai fini de rembourser ma maison avec mes droits d’auteur, et mon fils m’en veut parce qu’elle n’a que deux chambres, dont la mienne – il ne peut donc pas venir avec son propre fils : même s’il n’a qu’un an, il a besoin d’une chambre pour lui tout seul.
– Il serait mal s’il avait neuf neveux et nièces, presque tous en couple, et munis de leur propre progéniture.
– Ah, je ne connaissais pas ce point de votre famille. Vous avez beaucoup de frères et sœurs ?
– Non, une seule sœur.
Il fallut faire une manœuvre de Heimlich : le grand écrivain s’était étouffé à cette nouvelle.

a Nina moutons écossais de printemps

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2 commentaires sur “L’illustre écrivain au Tas de pierre – le retour.

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