Les plumes d’Asphodèle – en transparence

Publié 1 février 2014 par Sharon et Nunzi

c3a9critoire-vanishingintoclouds3Voici ma participation de la semaine sur le thème de la transparence. Les mots imposés sont Invisible, fantôme, innocence, introuvable, voile, dentelle, brouillard, psyché, honnête, insignifiant, dessous, eau, politique, nudité, diaphane, visible, cristal, blog, lumière, lagon, briller, vérité, fantaisie, traverser,  vagabonder, vapeur, vin.

Pour être honnête, être une fantôme, ou plutôt une fantômette, comme le dit ce cher Guillaume Berthier sur son blog, n’est pas un choix – une adaptation aux circonstances, tout au plus.

Je suis invisible, sauf pour les êtres comme lui. Cela ne me change guère de ma vie : je n’étais visible pour personne.

J’étais une camériste, insignifiante au possible,  innocente car ignorante de tout, sauf de l’art de vêtir la nudité des femmes. J’ai passé ma courte vie dans le boudoir de ma maîtresse, la ravissante comtesse de Magny, à prendre soin de ses vêtements, miracles de soie et de dentelles, à l’aider à s’en habiller, à coiffer sa chevelure abondante. Non, je n’écoutais pas ses confidences – elle ne m’en faisait pas.

Etait-elle belle ? Son mari louait son teint diaphane, sa voix de cristal, ses yeux bleus comme un lagon où brillait… Là, il était forcé d’arrêter son éloge, car rien du tout ne brillait dans ses yeux, et surtout pas l’intelligence. Pourtant, elle se prénommait Luce, du latin Lux, lumière.  

Comment suis-je morte ? En vérité, j’ai eu subitement un voile devant les yeux, et quand je me suis réveillée, j’étais dans le brouillard le plus complet. J’ai regardé autour de moi, le comte de Magny, et Thomas, le majordome, s’activaient autour d’une personne évanouie. Je voulus m’approcher, je crus qu’une jeune dame avait eu des vapeurs, et qui mieux qu’une camériste pour desserrer les liens des corsets. Puis, ce fut comme si un voile se déchirait. Vous avez sans doute déjà compris que la personne en question, c’était moi !

Pourquoi suis-je devenue un fantôme ? Vous pensez peut-être qu’à 22 ans, je suis morte subitement sans aucune raison ? Ma mort fut violente, je vous en ai déjà assez dit. Ma mort m’appartient.

La suite aussi.

Peut-être que si un défunt m’avait tendu la main pour m’aider à passer la frontière si ténue entre la vie et la mort, peut-être ne serai-je pas ainsi à vagabonder à travers le monde. Personne ne fit cet effort pour moi.

Je parcourus d’abord la France selon ma fantaisie. Je garde un souvenir ému d’une représentation de Psyché, et de ma découverte des dessous du théâtre. Deux siècles et demi plus tard, je découvris le cinéma, en même temps que les humains éberlués. Parmi mes films préférés, L’introuvable avec Mirna Loy, et, plus récemment Les autres. Je vainquis ma peur de l’eau, et du feu : je ne pouvais plus ni me noyer ni me brûler.

Je croisais mes semblables. Tous n’avaient pas les mêmes raisons que moi de rester sur terre : prématurément disparus, ils ne voulaient pas quitter leurs proches. Ainsi de Perceval McKellen, chantre de la politique indépendantiste écossaise, disparu alors que ses enfants  étaient bien trop jeunes pour être orphelin. Il est mon ami fantôme le plus cher. J’aime beaucoup sa petite-fille aussi.

Non, pas Imogène, même si elle est sympathique – pour une vivante.

Je parle d’Anita, sa sœur jumelle – adorable pour une morte.

23 commentaires sur “Les plumes d’Asphodèle – en transparence

  • C’est bien d’être un fantôme !!! Mais qui est-elle cette camériste ? Pour connaître aussi bien les personnages de ton histoire … Imogène a une jumelle, hé hé ça ne va pas arranger les choses, le brouillard s’épaissit mais je te fais confiance pour nous éclairer avec ta chandelle toujours allumée ! Bravo Nunzi, un texte tout en mystères, passionnnant jusqu’au bout ! 🙂

    • C’est plus simple dans le sens où ils ne communiquent pas vraiment entre eux, rien ne les y oblige. Maintenant, si deux fantômes qui n’avaient aucun lien de leur vivant sympathisent, j’ai presque envie de dire que leur amitié est éternelle.

  • J’aime bien la finale « sympathique pour une vivante, adorable pour une morte »
    Et bien tu vas devoir y passer ou trépasser de nous dire pourquoi donc cette jeune fille de 22 ans est morte 😉
    Bon je ne sais si tu reçois les news de l’annuaire, ça te dit un petit défi Saint Valentin 😉 rien de bien sorcier je te rassure 😉
    Bisous Sharon ou Nunzi ou les deux mdr!!!
    Domi.

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