Guillaume et Imogène ont fêté Noël

Publié 29 décembre 2013 par Sharon et Nunzi

Autosave-File vom d-lab2/3 der AgfaPhoto GmbHJe sais, cela fait au moins six mois que vous n’avez pas eu des nouvelles de moi, Guillaume Berthier, et d’Imogène autrement que par les lettres de ce cher Perceval McKellen, sympa mais irrasiscible.

Non, Imogène et moi n’avons pas passé Noël ensemble, nous avons échangé des emails le lendemain.

@Imogène à @Guillaume :

Nous avons fêté Noël à Arcy, le manoir de mon oncle Pérégrine. Nous y fêterons également le jour de l’an. Oncle Perry est adorable ! Il ne devait réveillonner qu’avec son compagnon et son fils, il s’est retrouvé avec une quarantaine de personne en plus, et il nous a accueilli avec la plus extrême courtoisie, et beaucoup de gâteau au chocolat. J’espère que de ton côté tout s’est bien passé. @bientôt. Imogène.

@Guillaume à Imogène.

Tant mieux si tout s’est bien passé. Désastre ici bas. @ mardi.

« Sinistre » est le mot qui s’impose pour le réveillon. Ma mère et ma tante ont pourtant tout essayé pour conserver l’esprit de Noël. Mon cousin Boris faisait la gueule – pas nouveau, depuis son mariage raté et ses soucis financiers, il mettait un point d’honneur à ne pas sourire. Benjamin, qui aurait pourtant eu toutes les raisons d’être maussade, faisait preuve de toute la joie de vivre dont il était capable. Pour ma part, j’avais participé à la décoration de la maison, et dressé la table. Tout allait presque bien, avec des petits chutes de moral jusqu’à l’arrivée de ma soeur Juliette et de son nouveau petit ami. Ne m demandez pas son prénom, je ne l’ai pas retenu.

Que Juliette ne prévienne pas qu’elle serait accompagnée, soit.  « J’avais dit que je viendrai peut-être, et que je serai peut-être avec quelqu’un », se défendit-elle. Quand il y en a pour six, il y en a pour huit. Que l’on l’ajoute un couvert, et se demande bien quel cadeau on lui offrira – certainement pas l’écharpe bleue destinée à Imogène, c’est le jeu, et notre tante a toujours des boites de chocolat en réserve. Sauf que ce [censuré]  a passé la soirée à tout critiquer. Dès le premier plat, cela dégénéra. Morceaux choisis :

– Avez-vous cuisiné cette tarte avec des ingrédients biologiques ? Non ? Mais vous êtes inconscientes !

– Un cake aux légumes verts ? Ne me dites pas que vous utilisez de la farine blanche ? Mais vous êtes inconscientes !

– Une buche de Noël au chocolat ? Vous vous rendez compte que les fèves de Cacao ne sont pas produites en France ?

Bien sûr, chacune de ses phrases était ponctué par un très long discours écolo-moralisateur, auquel personne n’osait répondre. Pourquoi ? L’esprit de Noël ? Pas seulement. J’étais tellement occupé cette année avec mes histoires de fantômes, de vampires, et autres meurtriers (ils ne prennent pas de vacances) que j’étais passé à côté de la détresse de ma soeur, qui, paraît-il, allait mieux depuis qu’elle fréquentait cet abruti (désolé, esprit de Noël ou pas, je ne censure pas).

Vint le moment de l’ouverture des cadeaux, et bien sûr, le charmant jeune homme éructa contre ses futilités. De nos jours, par respect pour l’écologie, on offre des cadeaux immatériels. Il en était là quand un phénomène trop habituel me tourmenta. Un fantôme apparut et fit mine de casser un pot de fleurs sur la tête de notre charmant invité. Le problème n’était pas son geste, le problème était sa grande ressemblance avec Imogène. Un peu plus grande, mais tout aussi mince, tout aussi blonde, et tout aussi déterminée. Pendant ce temps, l’autre pérorait toujours et l’apparition semblait me défier. Alors, tu attends quoi pour agir ?

– Bouclez-la.

– Pardon ?

Il avait l’air étonné, l’écolo bavard.

-Bouclez-la. Vous n’êtes pas à un meeting politique, vous n’êtes pas face à des adversaires hostiles, à moins que vous ne nous ne considériez comme tel. Vous fêtez Noël avec la famille de votre compagne.  Maintenant, si vous tenez vraiment à avoir un menu écolo, je n’ai pas pensé à tondre la pelouse et à vous réserver de l’eau de pluie pour votre venue.

Que croyez-vous qu’il fit ? Et bien rien pour l’instant, car mon cousin Benjamin prit la relève :

– T’as déjà été dans le comas, mec ? Moi oui, quinze jours. Comas artificiel pour que je souffre pas trop, rapport aux blessures que j’avais.

Et Ben de desserrer son écharpe, de manière à laisser voir les cicatrices.  L’écolo ouvrit les yeux, vit bien ce qui restaient des atroces blessures, imagina sans doute ce qui les avait provoquées, et s’évanouit.

Un quart d’heure pour le ranimer, sous les hurlements de ma soeur.

Elle voulut repartir immédiatement, sauf que povchéri, qu’avait rien becqueté de la soirée, ne pouvait plus se servir de ses jambes, et donc de son vélo.

– Pas grave. Tu as déjà oublié que j’ai des chambres d’ami ? N’en as-tu pas occupé une il y a quelques mois ?

Pauvre Amour protesta vainement contre les draps en coton avant que nous ne le bordâmes en cœur. Au matin, il était parti avec ma sœur. Un bon Noël, vraiment.

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5 commentaires sur “Guillaume et Imogène ont fêté Noël

  • Rhooo excellent, j’avais lu le début et je ne pouvais pas aller me coucher sans lire ça ! Et en plus j’ai la suite, hi ! Bravo Nunzi, fallait le trouver l’écolo de service ! Et plus vrai que nature ! Si j’avais été le fantôme, je crois qu’il se serait pris le pot de fleurs !!! 🙂 J’ai bien ri !^-^

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