Les plumes, 11 : racine

Publié 3 août 2013 par Sharon et Nunzi

logo-plumes2-lylouanne-tumblr-comRésumé des épisodes précédents : Jules César a quitté le Tas de pierre après huit jours, ravi d’avoir terminé son livre. Mais comment s’est passé son séjour, après sa rencontre avec un fantôme ? Vous le saurez en lisant ces lignes.

 

Premier jour.

–      Vous avez un souterrain dans ce château ?

Depuis presque trois heures, le grand écrivain était enfermé dans le dressing attenant à sa chambre. Perceval pensait qu’il finirait par sortir, poussé par la faim ou la nécessité de satisfaire à des besoins naturels. Même Calpurnia, enfant, n’avait pas tenu aussi longtemps et était apparue, à l’heure du goûter, majestueuse, pour prendre sa part de mousse au chocolat au gingembre. Et bien là, rien. Et pourtant, le cake aux carottes concocté pour le dîner était délicieux (note : quand sa femme l’avait plaqué, vingt ans plus tôt, en lui laissant les cinq mouflets, Perceval avait dû développer ses dons de cuisinier).

         Non, il est construit sur une île, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué !

         Mais comment sortirai-je d’ici ?

         Par la porte.

Deux heures plus tard, les hurlements avaient cessé.

         Pouvez-vous fermer les volets ? J’ai BESOIN de sortir.

         Ils le sont tous les soirs à 20 h 30 – il est 20 h 43.

         Merci !

Le grand écrivain jaillit, pour s’enfermer dans la salle d’eau attenante pendant une heure. A son retour, il rafla le plateau-repas avec une ardeur juvénile et retourna dans le dressing.

 

Première nuit

Franchement, Jules a peur des fantômes, et il se promène le soir dans le château.

         Vos ancêtres ? dit-il en montrant le tableau dans le hall

         Oui.

         Ils ont les cheveux roux, pas vous.

         Gène récessif. Mon père était roux.

         Oh ! Ce tableau ! Mais… ce sont des uniformes français ?

         Un cadeau, grommela Perceval.  Un hobereau français, fondu de généalogie, a trouvé un lien entre sa famille et la nôtre en dressant son arbre. Ceci est notre ancêtre commun, Louis-Alexis de Nanterry.

         Il est très moche, ce tableau.

         Pourquoi croyez-vous qu’il s’en est débarrassé ? Le type aussi était très moche. Non, il n’a pas fait fortune dans le commerce d’esclave, il s’est contenté de persécuter les protestants et de rendre folle sa femme.

Ils descendirent un nouvel étage

         Je me suis toujours demandé ce qu’on plantait en Ecosse. C’est vrai, quel est la culture dominante ?

S’il continuait à papoter ainsi à quatre heures du matin, Perceval sentait qu’il allait se cultiver en regardant un beau ballet de fantômes (dire qu’ils avaient vraiment posé leur RTT !).

         Le tartan et la cornemuse, répondit Percy en sentant bien l’arrachement de ses dernières parcelles de patience, sont les joyaux de notre pays. Et le chardon, notre symbole. La terre qui nous entoure en est particulièrement fertile.

Jules dut comprendre qu’il ne devait pas insister et demanda le chemin de son dressing.

         Je ne me sens bien que dans ce placard.

         Je vous aide à l’aménager.

Il était inutile de créer une nouvelle source de conflit avec l’illustre écrivain. Cependant, en transportant la table, la chaise, le matelas, et les paquets de biscuits contenus dans les valises de Jules, Percy avait l’impression que sa prévention contre la cuisine écossaise était solidement ancrée en lui !

11 commentaires sur “Les plumes, 11 : racine

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