Guillaume Berthier, chapitre VIII

Publié 17 novembre 2012 par Sharon et Nunzi

Résumé des épisodes précédents : Guillaume Berthier est commandant à Dijon. La commissaire divisionnaire Hectoria de Magny lui a demandé d’aider son petit frère François, victime d’agissements étranges. Elle ignore que Guillaume peut voir des fantômes. Il n’est pas le seul : Imogène d’Arcy, clerc de notaire de son état, le peut aussi, et aide Guillaume à cerner les vrais problèmes de François. De là à les résoudre, c’est plus compliqué. D’ailleurs, il n’y a pas que les fantômes dans la vie, il y a aussi les vivants, et ils peuvent être pénibles.

Les précédents épisodes sont regroupés dans la rubrique Guillaume Berthier.

Je ne vous cache pas que je n’avais pas compris toutes les explications d’Imogène d’Arcy. D’un côté, Angélique de Nanterry avait été tuée par erreur, de l’autre, elle était une espionne. J’acceptai cependant de passer un week end dans sa famille. Pas en Écosse, non, je n’étais pas fou : dans la maison, en région parisienne. Je me demandai à quoi pouvaient bien ressembler les parents d’Imogène. Si j’avais regardé les photos, un peu partout chez elle, j’aurai eu la réponse.

En attendant, ce samedi, je devais retrouver la mienne, de famille. Mon cousin Boris se mariait ce week-end. Je vous rassure : il ne m’a pas choisi comme témoin. Il ne m’a même pas invité au début. Il a fallu l’insistance de sa mère, qui lui a dit que « cela ne se faisait pas » pour qu’il daigne m’envoyer un carton d’invitation. Sincèrement, je préfèrerais encore mieux passer deux heures avec nos vampires que deux jours avec lui. Je parle peut-être ainsi parce que je n’ai toujours pas rencontré les vampires, contrairement à Imogène. Passons. Ou plutôt non, arrêtons-nous, car j’ai convaincu Imogène de venir au mariage, histoire d’agacer un peu plus mon cousin, qui n’a pu cacher sa stupéfaction en apprenant que je viendrais accompagné, et Juliette (ma soeur) aussi.  J’enseignai au passage à Imogène la subtile distinction entre mon cousin Benjamin (régisseur) et mon cousin Boris (après une école de commerce, travaille à un poste avantageux dans une société qui fait plein de profits). Aussi loin que remontent mes souvenirs, nos relations ont toujours été spéciales, pour ne pas utiliser un mot plus péjoratif. Nous n’avons pas joué ensemble, nous ne nous sommes pas battus – Boris préférait cogner, je n’ai jamais jugé utile de riposter, pourtant j’aime donner plus que recevoir. La soeur de ma mère ne nous fréquentait que lorsqu’elle y était obligée. Autant dire que s’il avait été possible pour elle de couper notre branche de son arbre généalogique, elle aurait immédiatement saisi une  hache – pas une tronçonneuse, économie oblige. Ma mère et elle ne se parlaient pas. Un souvenir me revient. Ma tante Macha (la mère de Benjamin) en train de se tordre les mains, comme si elle cherchait à s’arracher la peau, coincée entre ses deux soeurs qui se dévisageaient, sans échanger un mot. Puis Macha m’attrapa, attrapa Benjamin (il n’était jamais loin) et nous entraîna ailleurs. Je ne me souviens pas où.

Maintenant si vous me demandez pourquoi ma tante Valéria ne peut nous voir ni en peinture, ni en sculpture, et pourquoi je n’ai pas envie de manquer le mariage de son rejeton, je ne vous dirai pas que je suis bien en peine de savoir les causes de cette détestation. Je vous assure que son motif est tellement absurde que je demande même si, énoncé à haute voix, il est crédible. Ma tante, qui me laisse indifférent, se refuse à nous considérer comme des membres de la famille à part entière car Juliette et moi avons été adoptés. J’ai même surpris un jour, bien involontairement, une remarque sur « l’héritage » que nous aurions un jour, et sur le fait que ma mère aurait pu avoir « de vrais enfants » si elle l’avait voulu.

C’est donc avec joie que je donne le bras à Imogène d’Arcy, clerc de notaire divorcée protestante chasseuse de fantômes et pote avec un couple de vampires devant la mairie d’un petit village normand. Ma joie fut de courte durée car Imogène tressaillit en voyant mon cousin.

– Si c’est pour me dire, murmurai-je en saluant Boris de très loin, qu’il ne peut me supporter, je le sais.

– Non. Tu ne vois rien, tu ne ressens rien ?

– Si, et pour une fois, je souris franchement en voyant ma soeur et son invraisemblable tenue. Son compagnon n’était pas mal non plus.

– Moi, si. Ton cousin a de sérieux ennuis, et il t’a invité non pour vous faire plaisir, mais pour les partager avec toi.

Elle se tut. Heureusement, car je n’avais pas l’intention de l’écouter plus longtemps. Nous rentrâmes, dans la mairie, nous installâmes et attendîmes la mariée.

10 commentaires sur “Guillaume Berthier, chapitre VIII

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