Guillaume Berthier VII

Publié 2 novembre 2012 par Sharon et Nunzi

Les mots à insérer sont : funèbre – larme – ribambelle – cheminement – fleur – manifester – foule – costumes – rose (couleur ou fleur) – atmosphère – succession – carnaval – piquer – bleuté – attelage – embaumer – ancolie – cérémonie – tête – défiler – abattre – admirable – acclamation.

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Je refusais néanmoins de me laisser abattre : deux joueurs de cornemuse, quatre bouledogues munis de rubans bleutés ou roses ne valaient pas plus de douze ans dans la police.

J’eus une illumination à deux heures du matin, alors qu’Imogène parcourait des partitions.

–          Connaissez-vous Philippe de Nanterry ?

Elle interrompit immédiatement sa lecture et me demanda :

–          Le grand-père ou la petite-fille ?

Chouette, elle connaissait ! Je lui parlai tout de suite de leur lubie : découvrir l’assassin de leur aïeule, Angélique de Nanterry.

–                 Ah, dit-elle simplement, avant de me causer un choc. Ils sont sur une piste sérieuse.

–                 Son ton était amer.

–          Il suffisait de poser les bonnes questions.

Je me demandais si elle s’adressait à moi ou à eux.

–          Et, demandais-je sans plus de cérémonies, qui était-ce ?

–          Un des quatre cavaliers, une organisation pas vraiment secrète, qui avait un de mes aïeuls à sa tête. Angélique était une gourde. Elle a été abattue parce qu’elle était une gourde.

Je regardais autour de moi, alarmé. Pas envie de subir une ribambelle de fantômes en furie. Aucune envie de les voir défiler dans le salon. Ce n’était pas le carnaval des fantômes. Imogène récita :

« Personne n’a versé une larme pendant le cortège funèbre d’Angélique. Les fleurs embaumaient pourtant. Je ne me manifestais pas, je savais ce que j’avais fait, et pourquoi je l’avais fait. La foule des paysans, dans leur plus beau costume, défila devant le cercueil de leur comtesse. Ayant aperçu la silhouette admirable de Clotilde, je piquais des deux et pris la direction de Calais. »

Elle marqua une pause, afin de vérifier que j’avais bien assimilé les informations, puis continua :

–          Vous pouvez trouver le contenu complet de cette lettre dans la bibliothèque-musée de notre château. Les chercheurs ne se manifestent pas souvent. L’humidité de l’atmosphère écossaise, sans doute.

–          Philippe de Nanterry a dû avoir un choc !

–          Il n’a pas accueilli la nouvelle avec des acclamations de joie. Il a perdu l’usage de la parole pendant trois jours – ou bien il boudait, difficile à dire avec lui. Il faut tout de même, en voyant mon air déçu, que je vous raconte le cheminement qui nous a menés à cette découverte. Je vous préviens, c’est un peu sanglant.

Je m’installais confortablement, les bouledogues dormant gentiment avec leur maître, quand elle commença :

–          Je visitai le château de Nanterry avec mon frère Toby : nous venions chacun de rompre, et il a pensé qu’une visite historique de la demeure d’un lointain ancêtre nous distrairait.

–          Toby… d’Arcy ?

–          Oui, Toby d’Arcy, comme moi. Je suis malencontreusement tombée dans les caves de l’Orangerie. Ne me demandez pas comment une succession de négligence de la part des restaurateurs de la sus-dite Orangerie m’ont fait choir lamentablement dans ses caves aussi poussiéreuses que l’appartement de mon frère Rudy si maman ne passe pas faire le ménage deux fois par semaine. Victoire de Nanterry est venue me secourir, en dépit de sa santé chancelante – elle a été plus réactive que son mari. Tandis qu’elle me servait un thé, le comte ne pouvait s’empêcher de parler, notamment à cause de l’extraordinaire coïncidence de notre nom de famille. Savais-je qu’une de leurs ancêtres avait épousé un d’Arcy ? Oui, j’étais au courant. Savait-il qu’un de leurs ancêtres avait épousé un Mc Kellen ? Là, il fut étonné. Je lui parlais donc d’Horatia Mc Kellen, qui a pu se marier parce que la femme de l’homme qu’elle aimait était morte de manière très opportune. Il resta bouche bée. J’ajoutai que l’opportunité avait été un peu aidée par les quatre cavaliers. Il réussit à me demander des explications. J’expliquai que cette organisation, curieux attelage de personnalités disparates, tenait plus d’une annexe des services secrets que des mousquetaires d’Alexandre Dumas. Ils cherchaient une espionne trop bavarde, une espionne qui espionnait de manière si peu discrète qu’elle risquait de compromettre toute leur organisation. Elle avait pour nom de code « Ancolie ».  Ils avaient d’elle une description succinte mais essentielle.

– C’est à dire ?

– A cause de ses maladresses, un agent anglais était tombé. Son amant. Croyez-vous que Jeanne et Isabelle aient pu avoir un jeune amant ?

Je revis les deux charmantes vieilles dames et me dis que non.

– La suie, vous la connaissez.

– Euh… non.

– Mais si ! s’exclama Imogène, très agacée. L’insomnie ne lui convenait guère. Dans les mémoires de Clotilde, reprit-elle, il est indiqué qu’Angélique et son mari se disputèrent à cause de la correspondance d’Angélique. Jamais il n’ont pensé qu’elle était une espionne. Ils ont cru qu’elle avait simplement un amant, de manière fort peu discrète. J’en viens même à penser qu’elle a livré des informations sans y penser, ou alors qu’elle a servi de couverture à quelqu’un de bien plus futé qu’elle, ce qui n’était pas très difficile.

– Et l’identité de ce cavalier ?

– Nous ne l’avons pas encore, nous ne l’aurons peut-être jamais, nous tenons une piste sérieuse, c’est déjà ça. »

Pourquoi ai-je eu l’impression d’entendre un ricanement derrière mon dos ? Vampires ou fantômes, je n’avais plus de préférence.

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21 commentaires sur “Guillaume Berthier VII

    • Merci !
      Pour moi, c’est une évidence : on ne dit pas assez, dans les romans, que certaines victimes ne sont pas parées de toutes les qualités. Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas chercher leur assassin, non, je veux dire qu’à victime gourde et assassin astucieux, les enquêteurs ont plus de difficultés.

  • J’adore tous ces prénoms, mais heu… je m’y perds un petit peu, Nunzi.
    L’auteur, bien sûr, a les idées bien claires 😆
    J’aime bien aussi les cornemuses et l’écossais !
    Il pleut à Lyon, je suis comme les chats, j’aime pas la pluie le dimanche 😥

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