Guillaume Berthier, chapitre 3

Publié 23 septembre 2012 par Sharon et Nunzi

Le lendemain, nous participâmes à une vaste opération, qui ne se termina pas très bien pour moi. Je suis vivant, c’est l’essentiel, néanmoins je me serai bien passé des deux balles qui me touchèrent. Mon co-équipier n’aurait pas été vraiment au bon endroit, aurait été distrait, bref, il reçut un savon exemplaire de la part du divisionnaire, et nous eûmes droit à une enquête interne dont nous nous serions tous volontiers passés : on m’annonça avec ménagement que les résultats de notre descente n’étaient pas du tout ceux qui avait été espérés. Si vous me trouvez dur avec Mathieu Delaporte, vous avez raison, et encore, vous ne savez pas tout. Vous saurez, bientôt, dès que vous aurez lu ses lignes : quand je rentrai hier du château de Nanterry, après avoir partagé un succulent gâteau au chocolat avec les grands-parents de Bérénice, je trouvais ma fiancée (nous devions nous marier deux mois plus tard) au lit avec Mathieu, mon co-équipier.
Il me dit qu’il pouvait tout m’expliquer. Je tournais les talons, sortis, et ne reviens que lorsque je fus sûr de son départ.
Clotilde m’attendait, rhabillée. Elle aussi pouvait tout m’expliquer.
– Pas besoin, j’ai très bien compris.
Je lui demandai de reprendre ses affaires dans la semaine, de me rendre mes clefs (ce n’est qu’à ce moment que je me rendis compte que je n’avais jamais eu les siennes) et de ne plus vouloir s’expliquer : je savais désormais qui se cachait derrière ses fameuses copines qui l’accaparaient tous les dimanches après-midi.

Mais venons-en à ce qui nous intéresse.

A l’hôpital, je reçus de la visite. Je me réveillais et vis au pied de mon lit deux vieilles dames, en robes à crinoline. Je fermai les yeux. Les rouvris. Elles étaient toujours là.
– Je crois qu’ils nous voient.
Flûte. Après avoir reçu les balles, j’étais tombé sur la tête, me fracturant le crâne. Les hallucinations devaient être un effet secondaire. Je me demandais si je ne devrais pas passer un scanner, ou un IRM, ou les deux. Quant à consulter un psychologue, très peu pour moi. Je n’avais aucunement l’intention d’être renvoyé de la police, ou envoyé dans un placard douillet, et je n’avais pas les états de service nécessaires pour devenir divisionnaire. Puis, un divisionnaire toqué, merci bien.
– Guillaume, si vous nous voyez, levez la main droite. Tu vois bien Isabelle : il nous voit.
– Vous êtes Isabelle et Jeanne de Nanterry.
– Oui, merveilleux !!!!!!!
Pas pour moi.
Elles tenaient à me remercier pour ce que je faisais pour Angélique. Pauvre Angélique ! De son vivant, c’était une gourde. Une fois morte, elle était restée une gourde et ne souhaitait qu’une chose : savoir qui avait bien pu la tuer.
– Vous vous rendez compte, elle a été tué à bout portant, c’est bien comme cela que l’on dit, n’est-ce pas ? et elle n’a pas vu son meurtrier. Les bras m’en tombent, s’ils pouvaient tomber. Du coup, chaque fois que nous la croisons – et le monde est assez vaste – elle nous demande si nous n’en savons pas plus. Presque deux cents ans que cela dure, je ne vous raconte pas à quel point c’est lassant.
Elles me souhaitèrent un prompt rétablissement et sortirent… à travers le mur.

Je dus me rendre à l’évidence : le scanner ne révéla rien d’anormal. J’avais eu une légère commotion, pas de quoi fouetter un chat, ou voir des contemporaines de Louis XVIII. Ma sœur, ma mère, même le commandant Gauthier avaient passé de longs moments à mon chevet. Mathieu ne se présenta pas. Clotilde non plus.
– Elle n’ose pas, dit maman, qui adorait sa belle-fille et trouvait que j’avais beaucoup de chance.
– D’être vivant, oui, d’être cocu, non.
– Vous avez de l’humour, vous êtes en bonne voie de guérison.
Zut ! Un autre. Je le connaissais lui aussi, il s’agissait de Louis-Nicolas de Nanterry, le veuf pas joyeux.
– Il est une piste que je n’ai jamais pu explorer car j’ai trouvé deux noms, dans la correspondance d’Angélique : Eric McKellen et Toby d’Arcy. Si cela peut vous aider, j’en serai ravi.
Je ne poursuivai pas, pas pour l’instant, et après ce qui m’était arrivé, le cœur n’y était plus. Je demandai ma mutation au SRPJ de Dijon, pour des raisons familiales – j’étais né à Dijon, j’avais été adopté à l’âge de trois ans, et je préférai encore que ma mère me pousse à chercher mes origines plutôt que de vouloir me rabibocher avec Clotilde. Les quatre années furent mouvementées. Ce n’est qu’au matin de nos aventures communes avec Imogène d’Arcy que je me rappelais ses deux noms, et fit le rapprochement. Serait-elle une lointaine descendante de ces deux hommes ?

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7 commentaires sur “Guillaume Berthier, chapitre 3

  • C’est génial Nunzi que tu continues cette histoire car on perd vite le fil !!! Moi j’adore et ça se complique ! Le pauvre, cocu…manquait plus que ça !!! 🙂 (Allez j’imprime) ! 🙂 Il me manque les wxy et le z, je vais aller sur l’ancien blog ou tu as tout rapatrié ici ? je cherche !!!

    • Je ne crois pas que j’ai tout rappatrié ici, ils doivent être sur l’ancien blog.
      Et encore, tu ne sais pas tout : dans la nouvelle, il est précisé que Guillaume a une fille, Victoria, et je n’ai pas encore dévoilé comment elle est née (note : pour l’idée, je remercierai sincèrement une ancienne élève de Sharon).

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