Guillaume Berthier, chapitre 2

Publié 16 septembre 2012 par Sharon et Nunzi

Bérénice sortit son exemplaire des mémoires de son aïeule et commença :

Mercredi 28 juillet :

Nous n’avons pu dormir et il est déjà cinq heures. La terrible scène que nous vécûmes hier nous avait bouleversées. Je sonnais Marianne et lui demandai de réveiller Angélique, de gré, ou de force.
Marianne revint prestement. Angélique n’était ni dans sa chambre, ni dans son boudoir. Elle n’était pas non plus dans la chambre de Louise et Sophie. La nourrice ne savait non plus où était madame la comtesse.

-Etes-vous allés dans la chambre de monsieur le comte ?

Prononcer cette phrase me faisait mal. Une réconciliation était souhaitable, nécessaire même, pourtant…

–          Si fait madame : la porte de monsieur était grande ouverte. Monsieur s’est endormi sur les comptes de l’intendant.

Tandis que la nourrice restait auprès des enfants, nous la cherchâmes nous-même. Le château était vaste. Marianne se proposa d’aller aux écuries vérifier s’il ne manquait aucun cheval. Je bénissais le ciel de nous avoir donné une telle gouvernante, et maudissais Angélique qui s’était comportée de telles manières hier soir qu’à moins d’être sourde, Marianne eût été dans l’impossibilité d’ignorer la scène qui s’était joué hier.

Nous finissions de visiter le rez-de-chaussée quand un hurlement nous figea sur place. C’était comme si nous nous étions trouvées projetées dans une rivière glacée. D’où provenait ce cri ? Nous n’eûmes pas le temps de nous interroger davantage : une cavalcade, et Marianne devant nous, essoufflée. La pauvre fille nous dit qu’Angélique était morte, là, au pied du rempart.
Nous voulûmes qu’elle se repose, elle nous dit qu’il n’y avait pas de temps à perdre : la mort d’Angélique n’était pas accidentelle, elle avait reçu une balle dans la poitrine.

La voix de Bérénice se tut.

–     Je suis toujours très émue quand je pense à ce que ces deux vieilles dames ont traversé. Isabelle a épousé son cousin, le seul héritier de la famille, et l’a vu mourir lors de leur exil, d’une pneumonie, la laissant seule avec quatre enfants dont l’aînée était tout juste en âge de se marier. Bien sûr, c’était un mariage arrangé, comme tous ceux de l’époque, mais les deux jeunes mariés avaient une affection sincère l’un pour l’autre. Elle avait perdu sa fille aînée, décédée d’une chute de cheval après son mariage et avait dû laisser ses deux petits-enfants à son gendre, qu’elle détestait. Le mariage de son fils était un désastre, sa sœur, veuve elle aussi, vécut avec elle plus souvent qu’en Bretagne où elle peinait à trouver sa place entre son fils, sa bru, et ses très nombreux petits-enfants. L’assassinat d’Angélique aurait pu lui donner le coup de grâce. Elle a relevé la tête, s’est occupée de son fils et de ses petites-filles, et a essayé de trouver le coupable.

–     Vous voulez dire qu’il n’y a pas eu d’enquêtes officielles ?

–     Non. Le médecin a accepté de dire que la mort était accidentelle. La balle était ressortie, et la plaie était due à la chute. Nous étions aux premières heures de la Restauration, et la restitution des biens des aristocrates faisait grand bruit. Il ne fallait pas en rajouter. Angélique portait une robe grenat, bien visible même aux lueurs de l’aube.

–     Qui a été suspecté ?

Ce n’est pas que je m’ennuyais, mais je commençais à grelotter. Je n’aurai rien eu contre une nouvelle tasse de café.

–          J’aurai bien dit « le mari », même si cela ne devait pas être possible pour sa mère.

–          Ce n’est pas possible tout court. Chez les Nanterry, quand nous supprimons un conjoint gênant, nous nous y prenons autrement. Une bonne chute dans les escaliers, un oreiller judicieusement appliqué sur la figure, ce ne sont pas les méthodes indétectables pour l’époque qui manquent. Puis, Louis-Nicolas savait à peine se servir d’une arme à feu, et ne chassait pas – sa mère avait trop peur des accidents de chasse. Il restait l’amant, malheureusement pour notre enquête, celui-ci venait de rompre, et n’avait à craindre qu’un duel avec le mari bafoué. Nous n’avons donc aucun suspect.

–          Un accident de chasse ? proposa François.

–          En pleine nuit ? Je ne crois pas que quelqu’un se serait avisé de chasser quoi que ce soit dans l’enceinte du château.

–          Sait-on ce qu’elle faisait dehors à cette heure-ci ?

–          Non plus. Isabelle et Jeanne ont supposé qu’elle avait rendez-vous avec quelqu’un. Nos aïeules avaient l’imagination aussi développée que la nôtre, elles ont envisagé toutes les possibilités, un nouvel amant, une tentative de fuite, et même de l’espionnage.

–          N’aurait-elle pas pu simplement vouloir prendre l’air ?

–          Guillaume, Angélique de Nanterry était comme vous : très frileuse.

Je ne goûtai pas vraiment cette comparaison. Nous rentrâmes enfin au château et échangeâmes nos points de vue. François voulut voir la balle, qui avait été religieusement conservée. Il mourrait d’envie également de pratiquer un examen des os. Bérénice nous dit que c’était impossible, puisque la tombe d’Angélique ne se trouvait pas dans la crypte familiale. Auprès de Louis-Nicolas reposait sa seconde épouse, Horatia. Elle nous plairait elle aussi, précisa Bérénice, car ils ne possédaient qu’un portrait d’elle, et encore, bien curieux : Horatia tournait la tête, il était impossible de voir son visage. Un autre pan de la légende disait qu’elle était défigurée.

–          Pourquoi ? Comment ? Un autre mystère à éclaircir.

Personnellement, j’avais eu ma dose de mystère et n’étais plus très sûr de vouloir en apprendre davantage sur Angélique, Louis-Nicolas et les morts suspectes chez les Nanterry.

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6 commentaires sur “Guillaume Berthier, chapitre 2

    • Pas de soucis : Sharon est en train de me faire un soin du visage, j’apprécie moyen.
      En fait, j’avais songé à modifier les chapitres 2 et 3, en piquant à Sharon le personnage de Louis. Finalement, cela ne s’est pas fait, mais l’idée est à creuser.

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